Amaryllis.
Je vous ai partagé dans les nouv’ailes de février la joie floraison de cette belle fleur. Alors quand j’ai ouvert la première page de Tovaangar, roman de Céline Minard et appris qu’une de ses héroïnes – l’Auboisière – se prénommait ainsi, j’ai aimé cette concordance des temps et vite inscrit cet ouvrage sur la carte d’emprunt de ma médiathèque dionysienne.
« Amaryllis Swansun ne pouvait pas oublier sa cabe de pluie (…) Elle était collée à son biceps depuis sa septième année de vie (…) Il était impossible qu’elle s’engage dans une course quelconque sans en sentir la présence sur son brachial antérieur.» Ainsi débute cet époustouflant roman paru l’été dernier. J’avais déjà beaucoup aimé de cette autrice Le Grand Jeu et Faillir être flingué, prix du Livre Inter 2015, mais là c’est dans « un univers d’un monde d’après » qu’elle déploie un imaginaire débridé où un futur possible se lit en filigrane d’une langue formidablement créative dans sa forme et dans le creuset de ses corps : « Firmine s’était révélé être un melle, Duane un mâle et Litham un flamelle…» (page 408). D’une ampleur extra-ordinaire, on voyage dans la région de Los Angeles appelée désormais Hidden, tout au long d’une étrange expédition le long de la rivière Paayme Paxxat. C’est un livre qui demande au lecteur de se laisser porter, emporter pour être transe-porter. Une joie lue.
Entre ses riches temps de lecture propices à oublier (un peu) la déraisonnable actualité, j’ai poursuivi le lent périple des pinceaux avec l’achèvement de cette série de Fenêtres Jaunes (photo n°1). Quelques tentatives de mettre au plus près du soleil la danse des rouge-formes dans l’or du Jaune. Pendant que le Poisson Premier affleure à la surface du chevalet (photo n°2) et que les ardoises aiguillent le feu de leurs incertaines acupunctures en attente. En attente, l’atelier va y plonger car mon quartier est en pleine rénovation (photo n°3). Vingt-sept ans que j’occupe cette antre entre logement et atelier ! Changement va rimer avec rangement et ménage avec élagage !!!
Est-ce que deux clés à mimolette qui se rassemblent peuvent donner naissance à une clé à molette ?
Autre bonne nouvelle pour accompagner cette transformation : je suis désormais au rythme d’un contrôle hospitalier tous les deux mois pour cette deuxième année post-rayons. La gorge est toujours un peu « cartonnée » mais le temps fait doucement son œuvre pour me faire mettre en sourdine cette sensation et faire décanter les secousses de ce qui demeure néanmoins une sacrée épreuve. Mais laisse place pour un nouveau temps de « ça crée ».
N’oubliez pas de lire ou relire le poète haïtien René Depestre qui va avoir 100 ans l’été prochain.
Le monde et ses aléas nous le disent tous les jours et aussi toutes les nuits : La vie n’a pas de sens. Cette évidence a son corollaire : c’est à chacun, en son âme et en sa conscience de lui en donner un. Alors, imaginons une campagne pub qui (ré)clamerait haut et fort « Donnez votre sens », un peu comme on suggère « Donnez votre sang » ! Il est clair que le don du sens pourrait sauver bien des vies, non ? « Vous faites quoi dans la vie ? Ben, je suis donneur de sens » Ça aurait plus d’allure que « moi, j’suis donneur de leçons ! »
Alors pour donner un peu de sens à la poésie qui est la matière première de mes créations (j’aime bien cette citation attribuée au grand Léonard de V : « la peinture est une poésie qui se voit »), je vais comme chaque année participer à l’exposition collective du Printemps des Poètes à la Galerie du Génie de la Bastille. C’est du 17 au 22 mars. J’enchainerai avec celle du Génie du Dessin du 24 au 29 mars. Toutes les infos sur https://legeniedelabastille.com/galerie/expositions/
Beaucoup de cinémas ce mois-ci pour faire patienter la venue du printemps. En tête des étoiles des toiles, vu à la veille de la journée du 8 mars l’indispensable et engagé La Maison des Femmes de Mélisa Godet. Et aussi Orwell : 2+2=5 pour se souvenir du futur de 1984. Woman and Child de Saeed Roustaeed, qui avait signé l’impeccable la Loi de Téhéran, pour la plus que nécessaire empathie avec les femmes iraniennes et tous ceux qui les accompagnent. La Grazia, de Paolo Sorentino pour la solitude du pouvoir et de la fin de vie. Coutures d’Alice Winocour pour la douceur de son regard sur des femmes dans l’univers de la mode. Le mystérieux regard du flamand rose de Diego Céspedes, grand prix d’Un certain regard à Cannes, sorte de western queer au milieu des mines chiliennes au temps des ravages du Sida. Et Hamnet de Chloé Zhao pour cette histoire de Shakespeare et le beau jeu de comédiens.
Ah, j’oubliais : un tendre coup de cœur pour le jeu de Carmen Maura qui du haut de ses 80 printemps illumine La Rue Malaga de Maryam Touzani dont j’avais précédemment adoré Le Bleu du Caftan. Revu Le chant des Forêts que j’avais ici nommé Le Champ des Forêts (sorry !). Encore meilleur à la seconde vision, ce film a, ô bonheur, largement dépassé le million de spectateurs.
À la rigueur, Le Défi Américain « inspiré » d’une histoire vraie comme on dit, si vous êtes fan de basket et de NBA. Le survitaminé et tonitruant (tonitruand ?) Marcy Suprême qui ne mérite pas tout le bruit qu’il a suscité. Et peut-être, le rire un tantinet potache d’Alter Ego pour le double jeu de Laurent Lafitte qui ne chauve pas tout à fait cette comédie.
Le bruit du monde vous effraie ? Mangez un fruit du Dragon (Photo n°4). Son rose détend, son rose déteint.
Do 9326





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