Mai de création.
Les azimuts créatifs se dispersent puis se rassemblent au gré des humeurs caniculaires qui prient des seins de glace. Les séquelles radiologiques du crabe continuent de se dissoudre dans la santé retrouvée. L’atelier suit son rythme de croisière à l’huile, quelques amers des horizons touchent aux rivages des achèvements. Les drapeaux tournent en rond, les yeux font des cercles dans les cornes de lune tandis que des graines d’oiseau rêvent de nourrir des licornes avec des plumes de hérons amazoniens. Et voilà que se livre à vos pupilles le programme des cinq images de ces dernières nouv’ailes de la saisons 25-26 en attendant de vous retrouver au 9 du IX pour la saison 26-27. C’est fou comme tout augmente !
Je me souviens que Veira da Silva a parsemé ses premières toiles de tout petits carrés car elle avait peur que de grands aplats craquellent. Il s’en est suivi une merveilleuse poétique de l’espace qu’elle nous a donné à voir. Tout jeune peintre débutant je me souviens avoir été frappé au cœur par l’exergue du catalogue de l’expo de Pierre Bonnard que je découvrais en 1984 au Centre Pompidou à mon retour du Québec « J’espère que ma peinture tiendra sans craquelures. Je voudrais arriver devant les jeunes peintres de l’an 2000 avec des ailes de papillon ».
Inspiré par cette phrase, j’ai cédé à l’injonction que le véritable matériau de la peinture est le temps. Celui de la découverte, de l’expérimentation, de la maîtrise et la maturation. Le temps susurre doucement le temps d’après le temps et je me souviens de quelques échanges sans vraiment de réponses avec quelques artistes de ma génération sur le devenir des œuvres… La question reste ouverte…
Lu avec jubilation deux ouvrages de Marc Dugain en forme de roman de politique fiction. Tsunami (2023) et Submersion (2026). Comme un journal de bord d’un président post-Macron et post-assassinat de Trump qui trace les lignes imaginaires et possiblement réelles des dessous et envers de la politique. Jubilatoire !
« C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut le faire savoir » a dit l’arrière-grand-mère de Marc Dugain. «À 97ans, je vais me coucher vivante, mais je crois bien que je vais me réveiller morte». Le lendemain matin elle était morte.
Puis j’ai pris Mon sous-marin jaune pour retrouver l’univers de Jón Kalman Stefánsson. Une plongée dans le temps et l’espace d’un récit mâtiné d’autobiographie, d’une Trabant au toit rouge, de Paul McCartney et Ringo Starr en passant par la Mésopotamie 5000 ans avant JC, de la ville de Keflavik, d’un chauffeur de taxi fou, de Johnny Cash et de l’Éternel. Quelle joie, ces retrouvailles avec ce grand romancier islandais.
À toutes celles et ceux qui interrogent lorsqu’une femme met des années à faire remonter à sa mémoire le traumatisme d’une violence sexuelle, pourquoi elle le fait tant de temps après, lisez La petite fille sur la banquise d’Adelaïde Bon paru en 2018. Vous aurez la réponse.
Il est aisé de dégoter 36 milliards d’euros pour réarmer le budget de la guerre mais impossible d’en trouver 3 pour lutter contre les violences sexuelles et rendre justice à leurs victimes quand elles sont encore en vie. Un ministre tance les procureurs et se défausse en oubliant les coupes budgétaires qui ont fragilisé les institutions de préventions et de soins. Le capitalisme multinational des marchands de canons dont la France fait partie a toujours de la ressource pour se réinventer dans les cercles infernaux de la guerre et de la destruction pour s’enrichir sur les ruines des reconstructions.
Je rêve d’un duel jusqu’au dernier sang dans l’aube brouillarde d’un ultime pré entre Trumpanyahou et Xioutine. Et que le pire perde !
Dans une des précédentes nouv’ailes j’interrogeais ce qu’était « croire ». Ma question a rebondi sur les lèvres du jeune tennisman Moïse Kouamé pendant le tournoi de Roland Garros. Il avait interrogé son idole Alcaraz pour savoir comment celui-ci avait fait pour revenir et gagner la finale de 2025. Celui-ci a répondu « n’avoir pas cesser d’y croire » . Là est peut être la clé. Croire, c’est d’abord et avant tout une intention, une volonté. Là où la densité fait l’intensité. Et la gravité, la grâce de la légèreté.
« La différence entre le confort et le luxe, c’est le vol » C’est le père de Marc Dugain qui l’a dit.
Saviez vous que le mot convivialité est un néologisme créé en 1825 par le fondateur de la gastronomie Brillat-Savarin dans son ouvrage La physiologie du goût ? Son usage avait disparu mais je me souviens de sa réapparition dans le vocabulaire des années 70 principalement par l’intermédiaire du livre au titre éponyme du philosophe penseur de l’écologie Ivan Illich. Ce terme devenu usuel que l’on peut succinctement résumer par « le plaisir de vivre ensemble et la recherche d’échanges sincères et amicaux » est revenu dans les mots d’Edgar Morin lors de la diffusion de l’hommage que La Grande Librairie lui a décerné dans les jours qui ont suivi son décès. De ces mots j’ai aussi retenu son éloge de l’inattendu, paroles ô combien précieuses en ces temps houleux de doutes et de mutations.
«L’improbable peut toujours arriver » a conclu en souriant cette immense figure qui comme l’écrivit Marguerite Yourcenar est entré dans la mort les yeux grands ouverts.
Est-ce qu’une mère est un re-père ?
Les yeux grand ouverts, je les avais avec une immense émotion lors d’une scène de fin de vie dans un film hélas passé presqu’inaperçu pendant le grand raout cinématographique de Cannes. Ce chef-d’œuvre est un film sorti dans seulement deux salles à Paris. Il se nomme Cosmos du franco-suisse Germinal Roaux. Au cœur du Yucatan, un paysan maya analphabète, gardien des secrets de la nature et des esprits rencontre une riche femme de lettres revenue de Mexico dans son hacienda natale. Des portes s’ouvrent et se ferment, le vent souffle et le souffle de vie traverse le superbe noir & blanc de ce film ouvert. Gardez-le dans les tablettes de vos mémoires ou de vos écrans, c’est un diamant.
Autre diamant, le documentaire de Benjamin Delattre « Quelques notes sur la liberté » consacré à Michel Portal disparu en février dernier. Une heure à l’entendre jouer et parler sa langue, la musique. Un morceau d’anthologie de son et d’écoute.
Dans les autres films, j’ai aimé La Vénus électrique de Pierre Jolivet, beaucoup L’être aimé de Rodrigo Sorogoyen, le sensible Cinque secondi de Paolo Virzi, l’espionne Mata de Rachel Lang et vu hier l’opératique L’objet du délit d’Agnès Jaoui.
La Fontaine est triste, Areski est parti faire de la musique du silence avec le Grand Jacques.
« Le temps passe » disent les humains. « Les humains passent », dit le Temps et Raymond Queneau.
Choyez un bel été aux passoires du temps. Passez un doux été aux tamis de l’amitié.
Do 9626





Laisser un commentaire