QUOI DE NEUVE ? (48)

13 octobre 2026 § 0 commentaire

Elle l’avait repoussé sans violence mais avec beaucoup de fermeté. Elle venait de chanter la Marseillaise en partie revisitée par ses soins lors de la cérémonie d’inscription de la loi sur l’avortement dans la Constitution le 4 mars 2024. Lui, toujours avide de pouvoir comme un enfant turbulent qui n’en a jamais assez, aurait bien aimé immortalisé cet instant dans les bras de la chanteuse de Marcia Baïla. Mais la femme libre qu’elle était et demeurera à jamais, lui a refusé ce partage de liberté. Merci pour tout, Madame Ringer

Je vous écris de Gramat dans cette belle région du Lot où je suis venu participer avec une vingtaine d’artistes de l’association Itinéraires-art contemporain à une exposition sur le thème de CHOSE PUBLIQUE. C’est le thème du Festival Résurgence qui essaime de multiples manifestations dans ce département aux paysages enchanteurs. J’y présente deux installations (voir image 1 et 2) réalisées dans les années 90 où la dualité du couple OUI/NON se conjugue avec celle de JE/TU et laisse imaginer toute l’altérité et toutes les diversités qui peuvent exister dans le / de ces binômes.

Pendant que je me réjouis de cet automne fécond comme la pluie enfin revenue, les travaux d’atelier poursuivent leur lente germination et leur possible éclosion sous la verrière sonorisée par les perceuses et autres instruments bruyants œuvrant à la mise en œuvre du vaste chantier de rénovation et d’isolation de ma cité. 

Connaissez vous le peuple Herero ? C’est une ethnie de Namibie qui, avec les Nama, a été détruite à 80% par la colonisation allemande entre 1904 et 1908. C’est dans cette région que furent expérimentés les premiers camps de concentration qui ont marqué de leur ignominie le XXème siècle. Il y a en ce moment et jusqu’au 31 décembre au Mémorial de la Shoah à Paris une exposition à la mémoire de ces peuples exterminés. C’est gratuit, édifiant et salutaire pour la mémoire.

J’ai parlé récemment de l’autrice Hélène Gestern dont j’ai aimé 555 et Cézembre. J’ai remonté le fleuve de sa bibliographie avec son premier roman Eux sur la photo paru en 2011 que j’ai dévoré avec jubilation. Une femme à la recherche de l’histoire de sa mère morte quand elle avait trois ans publie une annonce avec photo. Un biologiste suisse vivant en Angleterre lui répond. S’en suivent échanges, lettres, textos, coups de fil, rencontres pour un livre qui explore avec finesse et sensibilité les méandres des filiations et leurs secrets. En bonus, un très court ouvrage -Toi- sur la « chaternité » de cette écrivaine et sa relation à la gente féline.

Je suis en ce moment au cœur d’un livre dont je suis absolument certain qu’il n’a aucun lien avec l’IA. C’est Je ne te verrai pas mourir de l’espagnol Antonio Munoz Molina. Dans sa forme, une longue phrase sans points tisse de courts chapitres séparés par une simple virgule et un changement de pages. Cette phrase occupe la moitié de ce livre. C’est au premier abord déroutant, mais se laisser prendre et porter par ce fleuve de mots devient un pur moment de joie de lire.

J’avais beaucoup aimé et parlé de Partie Italienne d’Antoine Choplin. J’ai poursuivi la découverte de cet auteur par la lecture de trois courts romans pleins de sensibilité : La Barque de Masao ( les retrouvailles d’un ouvrier japonais avec sa fille au fil du temps et de la barque qu’il a taillé de ses mains…), Le Héron de Guernica (un jeune peintre aime dessiner les hérons dans les marais aux alentours de la cité martyre bombardée par les nazis….) et Radeau (la sauvegarde du tableau médusé de Géricault pendant l’exode de 1940…).

Dans la moisson de films de ce début d’automne, il y eut d’abord le magnifique Soudain de Ryūsuke Hamaguchi. Puis j’ai beaucoup aimé Trois adieux de la catalane Isabel Coixet que je suis avec ferveur depuis longtemps, La vie d’une femme avec l’impeccable Léa Drucker, Le triangle d’or, premier long métrage réussi d’Hélène Rosselet Ruiz, l’intense et noir Histoires de la nuit, Les Roches Rouges de Bruno Dumont, pour son regard original sur l’enfance, Garance de Jeanne Héry avec le formidable duo Adèle Exarchopoulos/Sara Giraudeau et Mémoire de fille avec l’écriture d’Annie Ernaux dans les yeux de Tessa Barthélémy fille de la réalisatrice Judith Godrèche. Je n’ai pas trop aimé la palme d’or cannoise Fjord mais c’est le film Notre Salut qui m’a beaucoup marqué et impressionné. C’est un film à bas bruit qui en fait beaucoup dans la tête et longtemps après sa vision. Un baume salutaire pour résister aux effluves trop nauséabondes de notre époque qui maltraite sa jeunesse et pilorise l’étranger.

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