QUOI DE NEUVE ? (41)

9 janvier 2026 § 0 commentaire

Ouvrir des fenêtres.

Dans les travaux en cours dans l’atelier, il y a encore des ardoises et aussi une série de peintures sur papiers toilés marouflés sur panneaux de bois. Ce sont les Fenêtres Jaunes dont vous pouvez voir deux exemplaires dans l’image n° 3 de cette chronique. Tentative balbutiante de capter l’intensité de cette couleur la plus proche du Soleil. À suivre…

Dans ce sas temporel entre 25 et 26, il y eut aussi quelques dossiers de candidatures à projet, dont souvent les matières à créer naissent entre sommeil et réveil, cet instant horizontal où semblent se décanter les idées qui ont traversé mes nuits et leurs rêves. Il y eut aussi les réponses aux appels postulés à l’automne. Pour les Hortillonnages d’Amiens, il y eut 180 appelés et … 4 élus !

Pourquoi cette bûche qui n’était pas de Noël (image n°1) m’a-t-elle évoqué au voisinage d’un sac de seringues, reliquat des perfusions de l’hiver dernier, La Mort de l’Eau ? Peut-être parce qu’au-delà de la menace du réchauffement ambiant, c’est la source même du vivant qui est menacée ?

Un grand monsieur s’en est allé, mais son nom restera… Il s’agit de Francis Hallé, éminent botaniste qui inventa le radeau des cimes, énorme engin scientifique gonflable posé à l’aide d’une montgolfière aux sommets des arbres qui a permis depuis plus de trente ans l’étude des canopées de bien des forêts terrestres. C’était aussi un poète, un dessinateur, un amoureux des arbres, un homme bien qui se battait pour faire renaître une forêt primaire en Europe, projet que vous pouvez soutenir : https://www.foretprimaire-francishalle.org/
Au lendemain du Nouvel An, j’ai reçu une jolie vidéo dansée aux costumes et maquillages somptueusement colorés. L’envie de la partager sur whatsapp surgit illico dans mon enthousiasme un tantinet juvénile. Les premières réactions affluent, jubilent, puis soudain « t’es sûr que c’est pas une I.A ? ». Honnêtement la question ne m’avait pas effleuré. D’autres échos ultérieurs abonderont dans un sens positif à cette question et montreront la diversité des réactions allant de la désolation à la surprise, de « c’est beau quand même » à « un peu trop esthétique »! Dire qu’il va désormais falloir se demander à chaque instant si c’est IA ou pas IA. Cette question me fatigue déjà et m’invite à regagner au plus vite le monde de l’humaine poésie « inachevée, imparfaite, vivante » comme m’a dit mon amie Véronique. Ou lire Le désert de nous-mêmes, essai d’Eric Sadin, philosophe, spécialiste des technologies numériques sur les IA génératives, histoire d’une dépossession annoncée.

Rassurez-vous. Ces lignes ne sont pas écrites par une IA. Preuve en est, au moment où je les écris, la tempête Goretti fait entendre ces premiers souffles… Carrément ! Du coup, j’écris juste cette phrase pour bien inscrire mes Nouv’ailes dans l’air du temps ! Carrément !!! Du coup, il faudrait inventer une machine à compter les « du coup », Ça serait carrément chouette !

Quand on compte les jours, on compte aussi les nuits. Un peu comme quand la langue française dit les hommes, elle y inclut les femmes. Si je prends quelques jours de vacances, mes nuits le seront-elles ?

« Je n’aime pas perdre et j’ai honte de gagner ». C’est la réflexion de Thierry Lhermitte lors d’une émission de radio où il conte sa passion pour l’éthologie équine et son admiration pour les chevaux qui savent nous murmurer, si nous les écoutons beaucoup de choses de notre humanité.

« Essayez d’être un arc en ciel dans le nuage de quelqu’un » a joliment dit Maya Angelou (1928-2014), femme américaine à la fois romancière, poète, actrice, professeur… et figure emblématique de la lutte pour les droits civiques. Elle aurait pu figurer dans le formidable film Soundtrack to a coup d’État du cinéaste belge Johan Grimonprez, poignant et percutant documentaire entre jazz et documents d’époque autour de l’assassinat de Patrice Lumumba dans le Congo du début des années 60. Édifiant !

Dans les autres films phare de ce début d’hiver, j’ai mis au premier plan l’émerveillant Le champ des forêts de Vincent Munier, avec père et fils et tous les esprits et autres animaux des Vosges, avec en guest star le Grand Tétra de Norvège et son incroyable chant. À voir et revoir absolument.

Puisse venir encore davantage en réalité ce mouvement qui pointe dans plusieurs films contemporains, à savoir l’avènement d’un modèle/regard/vision porté(e) par le « féminin », si je peux me permettre d’employer ce mot précédé de cet article … masculin. Je parle de La Condition, de Jérome Bonnell, de Love me Tender de Anna Cazenave Cambet, Lady Nazca de Damien Dorsaz ou encore L’Ame idéale de Alice Vial sans oublier Dites lui que je l’aime de Romane Bohringer (et aussi Clémentine Autain). Vous pouvez compléter cette liste avec L’Agent Secret, Le Temps des Moissons et le Maitre du Kabuki.

À la suite du livre de Sandrine Chenivesse dont j’ai parlé précédemment -La forteresse des âmes mortes, un voyage initiatique dans les montagnes taoïstes – je me suis plongé dans le dernier roman paru de Haruki Murakami, La cité aux murs incertains. Rien d’explicitement taoïste dans cet ouvrage, mais un lien à tisser dans les mystérieux territoires fluctuants entre vie et mort. Je me suis régalé.

Lu aussi Des chevaux et du vent, bon et beau roman japonais d’Akiko Kawasaki. Et une poignante bande dessinée, Les Mémoires de la Shoah, à partir des témoignages des survivants recueillis par la journaliste Annick Cojean qui reçut en 1996 le prix Albert Londres pour ses articles publiés dans le journal Le Monde.

J’ai terminé l’année avec presque un tour du monde. En compagnie de Magellan. D’abord, je suis allé voir l’exposition dite « immersive » mais surtout bien aseptisée au Musée de la Marine puis me suis immergé dans le film du philippin Lav Diaz que je ne connaissais pas, cinéaste habitué à faire des films assez long, entre 4 et 9 heures. Ici il ne faisait que 2H45, mais la véritable immersion était bien là et bien là. Dans la violence coloniale, catholique et exterminatrice de ces cons qui s’adorent. Dans les plans sublimes aux allures de Radeau de la Méduse sur les rivages sauvages de cet océan lointain qui n’avait rien de pacifique comme le nomma celui qui y perdit la vie.

Et pour finir cette chronique en beauté, je suis allé voir au Grand Palais les expos de Claire Tabouret, « D’un seul souffle » maquettes à taille réelle et peintures des futurs vitraux de Notre Dame et de Éva Jospin, « Grottesco », monument- fragile-forêt-sublime-architecture-fantastique-sculpture, tout cela fait de cartons et de broderies, de matières et de temps.

Mes fenêtres en sont encore toutes ouvertes.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Où suis-je?

Vous êtes en train de lire QUOI DE NEUVE ? (41) chez Do Delaunay.

meta