AU 9 RUE DES NOUV’AILES # 29

4 mai 2018 § 0 commentaire

5 mai 2018

Se payser.

Ce serait l’envers de se dépayser. Ne pas se défaire de repères, d’habitudes, de quotidiennetés et mais accueillir, s’ouvrir, se laisser transpercer par les aiguilles des décalages nocturnes et les pointes des fuseaux horaires. Garder toute latitude de se laisser porter par ce changement de longitude. Tokyo / Kyoto. Tel était le programme anagramme de ces deux semaines nipponnes. Je me souviens avoir appris jadis, lors de quelques cours de chinois que le Japon était nommé par deux kanji, deux caractères, Ri et Ben (prononcés Jeeu Bèn) signifiant soleil et racine. Le Japon, c’est la Racine du Soleil. Ce que nous avons traduit en Occident par (L’Empire) du Soleil Levant.

J’écris ces lignes dans les soubresauts insomniaques des circonvolutions terrestres et aéroportées. Et vais profiter du long week-end de l’Ascension pour me mettre au vert et redescendre de ces deux semaines extra-ordinaires au Pays des Racines du Soleil. Ce qui explique les quelques jours d’avance de ce morceau de Neuf.

Tant à dire, tant de beauté à partager que ces quelques lignes mensuelles n’en sauront épuiser le dit de la joie. Alors faire un tri dans les quinze cents photos rapportées dans la mémoire de l’œil et les tisser deux par deux pour dire les contrastes, les harmonies, les contradictions de ce pays sans mégots dans les rues ni graffitis sur les murs . De cette agglomération tokyoïte trépidante où le regard s’effraie à la première vue du plan de métro et où l’usage s’avère

somme toute assez simple et efficacement optimisé par la gentillesse spontanée des tokyoïtes et de leurs téléphones portables. Les numéros des adresses et les noms des rues étant aléatoirement absents, l’apparition d’un plan de quartier allume une lueur dans l’œil du touriste passant. Las ! Le Nord est tantôt en haut, tantôt à gauche ou à droite, souvent entre deux, ce qui déboussole allègrement l’habitude de l’œil occidental. L’emploi d’une boussole n’est pas saugrenu, notamment les jours où le soleil a oublié de se lever au dessus des nuages et de porter au sol la direction de ses ombres.

1- la douceur accueillante du ryokan (auberge traditionnelle) Yoshimizu à Kyoto et la monumentalité de cathédrale de la mairie de Tokyo dans le quartier de Shinjuku. La saveur du coucher après le bain chaud dans le onsen (bain japonais) et l’invisible vue du Mont Fuji qui se cache derrière l’horizon de la brume de chaleur.

2- la magnificence élancée des toits de la pagode à cinq étages du quartier d’Asakusa, près du temple Senso-ji et le sourire masqué d’une bouche de métro. Est-ce pour se protéger de la pollution ou un geste d’urbanité pour ne pas contaminer son voisin de transport ?

3- le tunnel de toris du parc Nezu Jinja – il était en cette fin d’avril trop tard pour les cerisiers en fleurs, mais dieu que les azalées étaient belles – et les costumes chatoyants des geishas et maikos (apprenties) qui posent devant les marches du temple Kiyomizu-Dera.

4- sur la rive de la rivière Sumida, la Flamme d’Or – carotte de Philippe Starck – sur le siège social de l’Asahi Tower voisine les 634 m de la Skytree Tower, aiguille pas très esthétique dont une énorme colonne de béton est suspendue dans le creux de son centre pour amortir et résister aux tremblements de terre. Les tours grattent le ciel, mais les jardiniers aident les branches des arbres à lutter contre la gravité des feuilles.

5- le dessin de sable des jardins secs du Ryogen-in Temple au sein du vaste monastère de Daitoku dans le nord de Kyoto. Une pure mer de tranquillité à la surface de la Terre, peu après être passé sous cette haute porte de sérénité sacrée qu’est ce tori géant orange.

6- les remous goulus des carpes du Chateau Nijo de Kyoto et le silence doré malgré la foule du Temple Kinkaku, plus connu sous le nom de Pavillon d’Or.

7- notre ami le héron du Palais Impérial de Kyoto écoute le mouvement des planètes de sables en orbite dans le jardin Ryogen-in et dans celui du Daisen-in où les photos sont interdites.

8- dans le quartier hyper moderne d’Obaida de Tokyo gagné sur le mer, un métro aérien et monorail offre un véritable tour de manège dans le déluge de ponts, buildings et autoroutes qui font miroiter leurs électriques constellations nocturnes. Tokyo se prépare pour les jeux Olympiques de 2020 et à cinq cents kilomètres au sud, en 2h19 par l’aérodynamique Shinkansen, le TGV japonais, un bouddha géant veille sur Kodai-ji temple.

Peu de films vus pendant ce mois d’avril, mais deux beaux opus … japonais : The Third Murder de Hirokazu Kore-Eda et Tanaka, la nuit où j’ai nagé de Damien Manivel et Kohei Igarashi, fugue quasi silencieuse dans un Japon de neige d’un petit enfant voulant montrer un dessin à son père poissonnier parti tôt travailler. Une belle écriture de cinéma !

Côté lecture, La Mer, un joli recueil de nouvelles de Yoko Ogawa acheté au hasard la veille du départ et dont Libé parlait le lendemain dans les colonnes de ses pages Livres.

Et pour finir, Le Restaurant de l’Amour Retrouvé, délicieux et appétissant roman d’Ito Ogawa.

Un toit se courbe,

Un érable rougit.

Le Paisible voyage …

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