QUOI DE NEUVE ? (16)

9 octobre 2023 § 0 commentaire

Quarantaine.

Nous n’y sommes plus, mais c’est pourtant ce mot qui a imprégné pour moi ces semaines printanières. Non pas en référence pandémiaire, mais en mémoire calendaire d’une quarantaine d’années. En écoutant les balbutiements médiatiques du tournoi de tennis de Roland Garros, je ne me souvenais plus de la joute victorieuse de Yannick Noah sur la terre battue de la petite balle jaune ! Était-elle tombée dans un trou de neurone vieillissant ? Que nenni ! Je ne m’en souvenais plus parce qu’à cette époque, en juin 1983, j’étais au pays dont la devise est « Je me souviens »…

Arrivé à Montréal le 27 octobre 1982 avec comme seules envies Danser et Dessiner, j’étais en ce juin-là au bout de mes réserves financières. J’avais claqué mes dernières piastres pour verser les arrhes d’un retour en Stefan Batory, paquebot polonais qui m’embarquera pour la France le 28 octobre 83. J’allais même jusqu’à songer faire gogo boy pour gagner quelques thunes, quand un matin, parti avec 5 dollars en poche voir des amis pour leur montrer mes premiers dessins encadrés, je rentrais le soir avec 500 dollars et deux peintures en moins. Je m’autorisais ce jour-là à y voir un heureux présage !

Ce fut une période ébouriffante, pleine de rencontres, d’inspirations, de projets… Cet instant québecois fut une bascule, une charnière de vie qui me fit décider d’entrer en peinture.

Alors comme la production de l’atelier va piano piano, je vous joins quelques images de gouache et d’aquarelle de ce temps-là, peintures qui furent exposées quelques mois plus tard, juste avant le retour transtalantique, au coin de Saint Laurent et Prince Arthur dans un bar si bien nommé L’Eau à la Bouche.

Je n’avais jamais réalisé que le verlan de « verrou » est « ouvert ». Ce fut fait pendant un savoureux concert que donna le souffleur de sons Didier Malherbe au Triton des Lilas avec Alexandre Cellier autre virtuose facétieux… Reste à savoir « vers où » va ce verrou ouvert ?

J’écris ces lignes dans un atelier où la chaleur pas encore estivale s’immisce doucement sous la verrière… Il semble bien que le réchauffement du climat va « plus vite, plus fort, plus chaud » que les plus alarmistes prévisions… En Arctique, le premier été sans glace de mer – en clair la disparition de la banquise d’été de l’océan du Nord – pourrait advenir dès 2030. Alors Un degré ? Deux degrés ? Quatre degrés ? Faites vos jeux … d’eaux à moins que ce soit des jeux… d’os ! On ne peut même pas dire « après nous le déluge » puisqu’il n’y aura peut-être plus d’eau … À moins qu’un volcan…

« Qu’est-ce que le désir ? La goutte de néant qui manque à la mer » écrivit Stéphane Mallarmé. Désirer, c’est constater l’absence, dit l’étymologie.

J’aime beaucoup les livres qui mêlent peinture et intrigue. Je me souviens encore avec émotion de la lecture du Tableau du Maître Flamand d’Arturo Perez-Reverte, lu au milieu des années 90. Alors quand j’ai entendu à la radio Adrien Goetz parler de son livre La Dormeuse de Naples où en trois nouvelles il conte la genèse et la disparition de ce pendant de La Grande Odalisque de Ingres, je l’ai aussitôt réservé dans ma médiathèque préférée. Et j’ai aimé. Dans la foulée, j’ai emprunté deux volumes de sa série « Intrigue à… ». Je me suis régalé dans celui consacré à la Normandie et à la tapisserie de Bayeux et bien ennuyé dans la dernière parue, tissée au Fort de Brégançon, où une accumulation d’érudition alourdit une pseudo énigme présidentielle, confuse et sans véritables ressorts.

J’avais il y a trois ans essayé sur les conseils d’une amie de lire Sandrine Collette et n’avais pas réussi à entrer dans la dureté noire de son univers. L’amie a récidivé en m’offrant son récent roman On était des loups. Et là j’ai embarqué à fond et à cheval dans cette intense relation père-fils au cœur d’un monde sauvage. Ce livre m’a remis en mémoire La Route, chef d’œuvre de Cormac McCarthy qu’il faut lire et relire et ne jamais voir le film qui en a été inspiré.

Quand je serai grand (dans) Le Cours de la Vie (j’irai voir) L’ile rouge

(pour faire) L’Amour dans les Forêts (et dans) L’Odeur du Vent …

Tel est mon mantra cinématographie de ce mois de Mai… auquel on peut aussi ajouter 99 moons…

Un jour de coupure de courant générale à l’atelier, je me suis fait un petit marathon d’expositions : Matisse à l’Orangerie (je continue à lui préférer Bonnard), le velouté du Pastel à Orsay voisinant avec le couple Manet/Degas. Puis je refis un saut dans les Song Lines aborigènes au Quai Branly, pour terminer en pure beauté dans les lumières magnifiques de la norvégienne Anna-Eva Bergman au MAM de Paris. Juste avant cette illumination j’ai cédé à la curiosité d’aller en face, au Palais de Tokyo, voir les peintures de Myriam Cahn dont une a été vandalisée le 7 mai dernier. Ce qui est parfaitement scandaleux. Et éminemment publicitaire pour la pauvreté plastique de cette exposition. Heureusement qu’il y eut juste après les somptuosités métalliques de celle qui fut compagne de cœur et de peinture d’Hartung.

Comme chaque été, cette nouv’aile se met en vacance et vous donne rendez-vous au jour Neuf du neuvième mois.

Portez vous un bel été !

do 9623

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