« La voie que l’on peut énoncer N’est déjà plus la Voie»
« La voie que la voix peut dire n’est jamais la constante voie»
« La voie dont on peut parler n’est pas la Voie pérenne»
Ces trois traductions de la première phrase du Dao De Jing (respectivement de Claude Larre, Rémi Mathieu et Daniel Giraud) sont l’exacte exacte antithèse de «Au commencement était le Verbe». Cet incipit du classique chinois Livre de la Voie et de la Vertu dit l’indicible des mots, le son du silence et l’invisible de la lumière. Alors, jouons à un petit jeu en remplaçant le mot voie par au choix, les mot rêve, mystère, temps… Vous pouvez compléter la liste à votre choix avec les mots sage, foi, dieu, parfum, etc….
« Le rêve que l’on peut nommer n’est pas le Rêve»
« Le mystère que l’on peut nommer n’est pas le Mystère»
« Le temps que l’on peut nommer n’est pas le Temps»….
Ce jeu m’a été inspiré par le titre du film d’Alain Gomis Dao, explicitement référencé au Dao De Jing, et par une critique qui disait «Le cinéma que l’on peut nommer n’est pas le cinéma». En clair, que ce film était dans sa réalité de film, plus que du cinéma. Un réel qui serait plus que sa reproduction. En effet, ce film conte et entrecroise deux fêtes africaines autour d’une comédienne, Katy Correa dont c’est le premier flm : le mariage de sa fille en banlieue parisienne et la cérémonie pour le deuil de son père en Guinée-Bissau. Le flm au montage serré et dynamique, qui mêle aussi des prises de vues de casting tisse un lien étonnant, passionnant, riche de regards croisés sur ces deux univers. Le cinéma se fond dans le réel à moins que ce soit l’inverse. Réjouissant !
J’ai vu ce film quelques jours après avoir terminé Aucune nuit ne sera noire, excellent roman de Fatou Diome, écrivaine franco-sénégalaise ou sénégalo-française dont j’avais déjà beaucoup aimé Le ventre de l’Atlantique paru en 2003. Là aussi, comme dans le film Dao, il est donné à notre esprit et à notre occidentale compréhension quelques parts d’une Afrique intérieure, d’une matrice originelle d’humanité à travers une langue riche, belle, joyeuse, débarrassée des clichés encrassés que véhiculent les rances racistes, commerçants de la haine de l’Autre, surtout s’il est étranger. Le lien de Fatou Diome avec ses grands parents, et surtout avec son grand-père, charpente de ce livre puissant. Un terreau fertile où peuvent pousser des graines d’humanité.
Du cou, du coup, du coût, disait le Duc Hou.
À l’autre bout du monde lu, je me suis régalé avec L’exception de la romancière islandaise Auður Ava Ólafsdóttir. Une femme mariée et mère de deux jumeaux (comment dire quand ce sont une fille et un garçon ? Des jumelleaux?) d’à peine trois ans apprend pendant le réveillon du jour de l’an que son mari la quitte pour un homme. De courts chapitres trempés d’humour et de poésie qui se dégustent avec bonheur, comme ceux que j’avais déjà aimé dans Rosa Candida, un de ses premiers romans.
J’avais apprécié Le Mage du Kremlin, enfin je veux dire le livre de Giuliano de Empoli, pas le sinistre psychopathe qui joue cyniquement à l’autocrate. Si vous aimez la lucidité, qui est sans doute la blessure la plus proche du soleil, lisez son dernier ouvrage L’heure des prédateurs et laissez vous emporter derrière le miroir ou seigneurs (saigneurs?) de la tech et autres drogués du pouvoir et du fric, du business et de la violence nous emmènent entre chaos et abîmes. Mais cette lecture peut être aussi un antidote intérieur, une racine de puissance pour continuer à résister avec un grand R.
Je n’ai pas les oreilles décollées, j’ai les oreilles déconnées !
Mais je n’ai pas fait en ce début de printemps que lire ou aller au cinéma. J’ai vu deux belles expos, celle de Matisse et surtout celle de la photographe Lee Miller au MAM de Paris. Belle trajectoire de femme depuis les pages de Vogue à la fin des années 20 jusqu’à la photo dans la baignoire d’Hitler après la sinistre découverte des camps.
J’ai aussi à mon rythme souple et persistant continuer à œuvrer dans l’atelier entre ardoises et aiguilles, entre huile et aquarelle… J’y ai même aperçu L’œil du Soleil qui cherche L’Origine de la Poule dans une Fleur du Yi…
Comme tous les ans, le mois de Mai célèbre l’estampe dans une manifestation nationale qui s’appelle Manifestampe. Ce sera à la Galerie du Génie du 19 au 31 mai avec une quinzaine d’artistes. https://legeniedelabastille.com/exposition/le-genie-de-lestampe-2026/. J’y exposerai sur les murs une litho de 1991 et un monotype de 1994 et plein de petits formats dans les cartons.
J’y serai de permanence le jeudi 21 mai de 17 à 20h et le mercredi 27 de 14 à 17h ou bien sûr, quand vous voulez sur simple demande.
N’hésitez pas à venir y jeter un œil et même deux, à soutenir et à vous régaler à voir de belles œuvres. Est-il utile de rappeler que la Culture et plus particulièrement la Peinture a grandement besoin de soutien, même d’un seul clin de regard en ces temps troubles où les fantassins du pinceaux sont toujours à l’avant-garde des restrictions… Alors à bientôt, j’espère !
Une rage de dent peut-elle être à l’extérieur ?
Outre le flm Dao cité plus haut et chaudement recommandé, j’ai vibré intensément au flm Nous L’orchestre dePhilippe Béziat, véritable plongée au cœur et aux sons de l’orchestre de Paris. Magistral et majestueux ! Et pour prolonger le plaisir de la musique au cœur de la Venise du XVIIIème, Vivaldi et moi de l’italien Damiano Michelietto. J’ai eu plaisir aussi à voir les toiles hispaniques Roméria, une adolescente à la recherche de l’histoire de ses parents disparus au temps de la Movida et Sorda, les affres et doutes d’une maman sourde dans la mise au monde de sa fille. Le superbe et étrange Soumsoum, la nuit des astres du franco-tchadien Mahamat-Saleh Haroun écrit avec Laurent Gaudé et À voix basse de Leila
Bouzid autour des drames familiaux et de l’homosexualité dans la Tunisie d’aujourd’hui. Sans oublier le formidable Plus fort que moi, grand succès outre Manche et véritable et nécessaire ouverture sur la maladie dite syndrome de Gilles de la Tourette. L’acteur principal Robert Aramayo a reçu le Bafta (équivalent de nos César) pour sa formidable interprétation de ce rôle inspiré par la véridique histoire de John Davidson diagnostiqué à l’âge de 15 ans.
Et pour m’auto-consoler de la frustration de pouvoir si peu montrer de visu mon travail, je dédie cette chronique à la jeune inconnue aux yeux brillants qui m’avoua au sortir de mon expo Peinture Fraîche dans mon angevine cité natale en 1998 que ses pieds ne touchaient plus terre.
Une question me taraude à la fin de cette chronique : le cachalot a t-il bien rangé le chocolat ?
Do 90526














































