AU 9 RUE DES NOUV’AILES #63

9 novembre 2021 § 0 commentaire § permalink

« La peau des tableaux de mon automne berce mon cœur d’une ardeur qui frissonne ».

Les longues journées de l’atelier d’octobre fourmillent de mille pinceaux… Beaucoup de travaux commencés d’ici de là au fil de ces deux récentes années trouvent lentement le chemin vers leur lumière… Sans hâte, dans une liberté sans urgence et en confiance… Au premier chef, la belle commande qui a fait naître « Le Soleil a rendez-vous avec la Lune sous les ailes de Saturne », un triptyque de bois et de toile qui a régalé les papilles de mes pupilles. Puis, pour le fun et les cadeaux des saisons qui viennent, des broches de placages de bois peints pour accrocher un clin de beauté aux cols colorés de vos manteaux amoureux. Et aussi, tout un chapelet de petites sculptures comme autant de plaisirs à partager la création… Vous trouverez trace de tout cela dans les images jointes comme les mains d’une prière animiste.

Mieux vaut un bouquet mystère qu’un bouc émissaire !

En septembre, je me suis inscris à la primaire écologiste… Je ne sais si cela aura grande importance pour les émois à venir mais c’était bien plaisir pour une fois de mettre un bulletin dans l’urne des « Pour » plutôt que de voter par défaut dans l’antre des « Contre »…

J’aime bien parfois réagir avec un peu de recul le long du torrent de l’actualité : mesurer avec effroi et distance les ravages enfin révélés par la commission CIASE (Commission Indépendante sur les Abus Sexuels dans l’Église, rien que le nom fait froid dans le dos des enfants de chœur). Vertige et terreur devant l’avalanche des témoignages ! Au moment où j’écris ces lignes, je reçois l’article de Libé où huit femmes – dont sept à visage découvert – témoignent des viols et agressions sexuelles commises par Patrick Poivre d’Arvor, pratiques qui étaient fort bien connues de la hiérarchie de TF1. Raté pour le recul, j’enrage devant mon écran et je vous espère de même devant le votre ! Mais les écrans ont-ils un devant et un derrière ?

Il serait temps que les mâles passent du coq à l’âme et abandonnent définitivement la formule Hun.

J’ai décidé de changer de fournisseur d’électricité. Après avoir fui EDF, cet état dans l’Etat qui nous a enferré depuis plusieurs décennies dans les affres du nucléaire – qui se souvient encore de Vital Michalon? – puis Engie et Iberdrola, je viens pour quelques euros mensuels de plus de m’abonner à Enercoop. Le mail que vous êtres en train de lire est désormais alimenté en énergie non nucléaire et renouvelable. Pour toute info:  https://www.enercoop.fr 

Le logiciel Scribe qui devait faciliter le dépôt des plaintes a été recalé après quatre ans de recherches et quelques 12 millions d’euros… Dites à toutes les agressées qu’elles pourront continuer à porter des peaux de plaintes….

Mais dans quel monde Vuitton ?

Dans la première partie des années 90, j’ai participé aux prémisses de ce qui allait devenir le gros bouquin rouge du Yi Jing publié en 2002 par les Éditions Albin Michel. Évincé par le léonin initiateur de ce projet, j’en conçu quelques désappointements qui ne m’empêchèrent pas de continuer à écouter ce guide de sagesse et cet habile conseiller qui est aussi le fondement de toute ma pratique et poétique artistique. L’art comme une tentative de re-création du monde, la poésie comme un élan pour créer des grains de beauté sur la peau du Ciel. Pierre Faure, l’autre auteur de ce gros livre rouge a persévéré dans l’exploration des 384 lignes des 64 figures du Livre du Yi. Son authentique travail de nourrissage, d’approfondissement de cette pensée de la mutation du moi et du monde vient de voir la voie de cette parole éclore sous la forme d’un beau livre paru aux éditions Les Belles Lettres. Moi qui ai partagé un temps cette recherche collective, fus tout ému à la vision de ce livre bleu édité dans la collection La Compagnie du Livre Rouge. Je gage que cette édition va devenir référence et à terme estomper le rouge d’Albin et le jaune de Richard Wilhelm, celui par qui j’ai rencontré le Yi dans les années 70. Au premier toucher, j’ai aimé la matière de l’objet, la texture de sa couverture tissée, la rigueur de sa mise en page et le plaisir de vous en partager l’image.

Dans la Boite Noire éclairée par Pierre Niney, mettez toutes les Illusions Perdues d’Eugénie Grandet et les douze chapitres norvégiens de Julie. Ajoutez une Première Vache -First Cow- et Pig, une truie chasseuse de truffes et compagne disparue de (Nicholas) Cage. Un Albatros à Régnier et un bon morceau de Barbaque drôle et gore à la foie et à la marinade Foïs, essayez de réduire La Fracture et portez le tout dans le Compartiment 6, vous avez ainsi obtenu mon cocktail cinématographique du mois !

Après la longue traque des Furtifs d’Alain Damasio, j’ai changé ma gamme de lecture et embarqué avec ravissement dans Anima de Wajdi Mouawad. Une traque policière entre USA et Canada qui prend racine dans le massacre de Sabra et Chatila. L’époustouflante originalité de ce roman tient à son point de vue : l’histoire est contée depuis la vision qu’en ont les animaux qui en témoignent ! Qui un moustique qui pique le cou du héros, qui un chien qui décrit les sensations de son maître, une araignée qui tisse son regard sur la scène du crime ou une ratte qui meure dans la gueule du chat de la victime ! Puissant !

Cela reste un mystère pour ma mémoire : je n’ai aucun souvenir de la mort de Georges Brassens survenue le 22 octobre 1981, quelques jours après retour de mon premier séjour au Québec. Un effet du décalage horaire de la Belle Province ? Ce qui ne m’a pas empêché de me réjouir de toutes les manifestations qui ont fêté le centenaire d’Oncle Georges qui chantait si bien le 22 septembre où « c’est triste de n’être plus triste sans vous » et « qu’emmerdait la messe sans le latin ». Le lendemain, je m’en fus écouter Francis Cabrel à la Seine Musicale de Boulogne Billancourt et ce fut un délicieux moment de chants, de sons et de chansons.

Les mots de la musique contre les maux du monde. L’automne en tonne. Et le silence s’en étonne. 

« Chut ! » dit la peau des feuilles dans l’erre du temps.

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AU 9 RUE DES NOUV’AILES #62

10 octobre 2021 § 0 commentaire § permalink

« Le numérique se duplique, la matière est unique. »

Tel pourrait être le résumé le plus condensé des 688 pages du livre d’Alain Damasio, – Les Furtifs – qui m’accompagne depuis plus de trois semaines et dont je vais terminer les dernières lignes juste après la rédaction de ces Nouv’ailes. Un univers de fiction qui prend racine et se nourrit de notre monde en pleine numérisation. « La réalité ultime, la réul, je la vois comme le produit ultime du capitalisme : vendre de la réalité ». Lecture exigeante et passionnante d’une dystopie à la forme et à l’écriture originale et foisonnante. Parfaite pour le prochain confinement… ? Mais non, je blague…

L’avenir est tout vert ou l’avenir est ouvert ?

Le grand Eddy chante à la radio « où sont mes racines ? » J’hésite entre La Douceur Angevine ou La Voie Lactée. Sans doute un peu des deux.

Septembre prit la Twingo d’une longue route amicale et buissonnière pour me faire revenir d’Andorre avec le beau catalogue de la Biennale de Land Art dont je vous livre quelques feuilles dans cette missive d’automne. J’aime ces fragments de vie nomade qui roulent de ville en ville, qui conjuguent l’amitié et la durée, la mémoire et l’instant, la joie d’un rire et un verre de Menetou Salon. Au hasard pérégrinant, il y eut le beau film Le Sommet des Dieux dont j’avais déjà adoré la BD.

Au retour dans l’atelier la première sortie fut un éblouissement : à la place de l’étoile surgit dans la nuit l’immense et magique Arc de Triomphe emballé par Christo & Jeanne Claude. Un triomphe de l’Art. Chapeau bas, artiste magicien, je ne peux me résoudre à ne mettre qu’une photo en accompagnement de ces Nouv’ailes. Va pour une belle série avec en bonus le déshabillage monumental. L’événement ne dura hélas qu’une petite quinzaine. Pour ma part, je l’aurai volontiers laissé ainsi, pour l’hiver… et même pour l’éternité.

Une partie des toiles et objets de peinture couvés à l’atelier pendant les confinements voie venir son achèvement. Instant délicieux où la décantation picturale vient se nicher dans les petits détails de finitions qui sont signes de terme et d’accompli. Ainsi sont nées ces Horloges Sans Temps qui ouvrent les images de ces Nouv’ailes.

« L’immobile se disperse, le mobile demeure. Les hommes n’ont pas besoin de croyance, ils ont besoins de connaissance. Et aussi de connaissances des croyances. » Quel bonheur de réentendre dans le poste ces belles paroles de Jean Claude Carrière.

On a beaucoup célébré la mission Apollo 11 qui a porté le premier humain sur la Lune en Juillet 1969. Mais on a un peu oublié Apollo 8 dont les astronautes, à la veille de Noël 1968, ont pris la première photo d’un clair de Terre. Ne serait-ce point là, à l’aulne de ce premier regard sur notre petite planète bleue, le première signe d’une conscience écologique qui tarde encore à envahir l’espace ? Entre Apollo 8 et 11 il y eut en mars et en mai 69, Apollo 9 et 10. C’est dire l’avidité américaine pour remporter ce challenge lunaire. Heureusement, quand les hommes sont partis à la conquête de l’espace, les femmes ont fait un Mouvement.

Au cours actuel de la monnaie, la dette imposée à Haïti par la France au début du XIXème siècle s’élèverait à 30 milliards d’euros… Un tremblement de taire !

Dans mes lectures septembrionales, il y eut aussi Le Dernier Lapon, d’Olivier Truc et les poèmes d’Enfin le Royaume de François Cheng. 

Au pied des écrans, je suis monté avec grand plaisir voir Dune de Denis Villeneuve au cinéma Max Linder sur les grands boulevards parisiens. Grand écran, grand son, grand spectacle. Plus intime, j’ai aimé Petite Sœur de Véronique Reymond et Stéphanie Chuat, Cigare au miel de Kamir Aïnouz avec la prometteuse Zoé Adjani, nièce de. Tout s’est bien passé, de François Ozon avec l’impeccable Dussolier et Sophie Marceau. La bande annonce de L’Origine du Monde de Laurent Lafitte m’avait bien titillé. Mais d’Origine, j’en suis resté sur ma faim. Et me suis consolé avec l’oxymore improbable de Gaza mon Amour.

Pour rappel, Amazonia, l’exposition des photos de Sebastiao Salgado à la Philarmonique de Paris dure jusqu’au 31 octobre.

« Terrien, t’es rien ! ». Mais un petit Rien du Tout, c’est déjà beaucoup, c’est même plus que trois fois rien. Il suffit juste de trouve sa place sous les étoiles, dans le beau lait de la Voie. Christo a trouvé la sienne à jamais, place de l’Étoile. Merci !

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AU 9 RUE DES NOUV’AILES #61

10 octobre 2021 § 0 commentaire § permalink

Point de vue.

Y a-t-il vue ou n’y a-t-il point de vue ?

« On peut changer sa vision du monde avec un léger fléchissement des genoux » a dit l’immense Cartier-Bresson, dont j’ai pu voir l’exposition, aujourd’hui close, Le Grand Jeu à la BNF. Il vous reste celle qui est ouverte jusqu’au 31 octobre au Musée Carnavalet de Paris, entièrement réaménagé. Quand je regarde les vues de ce géant de la photographie, j’ai la sensation physique de percevoir l’ordre caché du monde. Comme si derrière l’apparent chaos du réel, les compositions parfaites de ses instants décisifs dessinaient la géométrie souterraine de l’architecture de la vie. 31 octobre, c’est aussi la date de clôture de Amazônia, superbe exposition de photos de Sébastiao Salgado à la Philharmonique de Paris dont est extraite la cinquième image de ces Nouv’ailes. Pas d’autre commentaire que l’impératif « allez-y ».

Tous ces points de vue nous renvoient à notre regard sur le monde comme il va, nous rappellent qu’il ne faut jamais oublier d’où l’on parle, comme se souvenir d’où est placée la caméra dont est issue l’image, l’œil ou la bouche d’où sortent le film ou la parole… Il en va de l’alimentation du regard dans cette réalité phagocytée par le marché de l’attention. Plus qu’un pas de côté, c’est à un regard de côté qu’il faut s’atteler… N’est-ce point là le lieu de la peinture ?

Après le lit de plumes sous le parasol d’œufs à Andorre et le Porc Épique sur les hauteurs savoyardes, l’été s’est mis en pente provençale puis a redécouvert les charmes aoûtiens de Paris déserté. Septembre prolonge l’été et m’emmène de nouveau vers les rivages andorrans pour la récupération des œufs et des plumes et la récolte de leurs effluves de poésie dans les chemins de retour buissonniers et amicaux…

L’expression « Dans le temps » est souvent utilisée pour qualifier le passé. Mais où est-on quand on est « dans le temps » ?

L’été fut lectures. Ce temps de solitude intime qui relie à la multitudes des univers. Aux temps incertains où s’avance l’intelligence artificielle (quelle étrange définition! N’oublions pas que intelligence vient de inter-ligere, lire entre les lignes) n’est-ce point là la seule et véritable machine à voyager dans le temps ?

Dans les lignes de mes itinéraires estivaux, Il y a :

Les Roses Fauves de Carole Martinez. Il faut lire cette auteure (Le cœur cousu, La terre qui penche, Du domaine des murmures) qui dans ce roman jongle avec les fleurs, les cœurs, la Bretagne, le temps et sa propre réalité. Des pétales de voyages…

La Serpe de Philippe Jaenada. Un formidable enquête sur un triple assassinat perpétré dans le Château d’Escoire en Périgord. Le château était clos, la quatrième personne à l’intérieur, Henri Girard, était coupable, forcément coupable mais fut acquitté et disparut en Amérique du Sud. Au retour, il publiera sous le nom de Georges Arnaud un livre qui inspirera le film éponyme : Le Salaire de la Peur. Le récit que fait Jaenada de son enquête plus de 70 ans après les faits est absolument passionnant. Il est d’ailleurs dans l’actualité de la rentrée puisque il vient de publier une nouvelle enquête littéraire – Au printemps des monstres – sur Lucien Léger, « l’étrangleur » qui a passé 41 ans en prison.

Danser les ombres de Laurent Gaudé. Des personnages entrelacés dans les rues de Port-au-Prince à Haiti entre le passé et l’instant, les ombres et les vivants, les corps et les âmes. Une partie de ce roman se passe pendant le tremblement de terre de 2010. L’ironie tragique mais empathique de cet été fut que cette lecture eut lieu juste après celui du 14 août…

La Proie de Deon Meyer. J’aime cet auteur sud-africain dont les romans, policiers mais pas que, parlent si fortement de ce continent austral. En ces temps de (post?) pandémie, lisez aussi L’Année du Lion.

Pour l’élégance de sa pensée, trempez vos neurones et votre sensibilité dans la puissance de Œil Ouvert et Cœur Battant de François Cheng. Son sous-titre : « comment envisager et dévisager la beauté ». Indispensable pour la santé du regard.

Rajouter quelques pincées d’Éclats de sel de Sylvie Germain pour une balade dans le temps et l’histoire de Prague.

Une découverte : Le dernier frère de Nathacha Appanah. Je ne savais pas que des juifs refoulés de Palestine avaient été déportés en 1940 à l’Île Maurice et cela est en filigrane du récit d’un adolescent au bord de la forêt mauricienne. Un bel et bien construit exercice sensible.

Et pour clore ce dédale de pages, une merveille de pépite atroce et sensuelle : La Giocanda de Nikos Kokantzis aux Éditions de l’Aube. Une histoire d’amour adolescente achevée dans les flammes d’Auschwitz que l’auteur, dont c’est le seul livre, a mis trente ans à offrir à la grâce du monde. Il fallait bien trente ans de silence pour tisser les mots de ce premier amour qui est aussi un amour premier.

Quelle est l’indécence de l’un des sens ?

En supplément de lecture, il y eut aussi la relecture d’une nouvelle de Haruki Murakami tirée de son recueil Des Hommes Sans Femmes, intitulée Drive My Car. Qui a donné son titre au film éponyme qui a reçu le grand prix du scénario à Cannes. Une merveille de film que j’ai vue deux fois tellement c’est fort, émouvant et puissant. Dans la bande annonce de mon été, il y eut aussi Annette, Benedetta, Les Voleurs de Chevaux, Nomadland, Bergman’s Island, La Loi de Téhéran, Une Histoire d’Amour et de Désir et Un triomphe, film de prison très « beckettien » inspiré par une histoire réelle en Suède en 1986. À l’insolite dénouement concluant cette histoire et ce film, le grand Samuel déclara : « c’est la meilleure chose qui pouvait arriver à ma pièce ». La pièce, c’était « en attendant Godot » !

Dans certaines cultures, le passé est figuré devant soi (on peut le contempler) tandis que le futur est derrière (on ne peut le voir). Et vous, en cette soirée d’avant automne où l’orage s’apprête à arroser la verrière de l’atelier, quel Godot attendez-vous ? Le normal ou l’anormal ? La norme ou l’énorme ? Nous n’avons point de vues sur ce qui s’en vient, telle est la leçon de ce temps que l’on nomme présent. Puisse-t-il aussi être cadeau !

Je sors du film Délicieux, qui conte joliment la naissance du premier restaurant (dont le mot français est aujourd’hui universellement employé) à la veille de la Révolution. Un délicieux présent…

Bon équinoxe !

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“Si les oiseaux volaient… je rêverais avec eux”

10 juillet 2021 § 0 commentaire § permalink

Telle fut ma réponse à la question posée par la quatrième édition de la Biennale de Land Art d’Andorre
« Que feriez vous si vous deviez être confinés en montagne? »

Il fallut donc vider les 192 œufs blancs et 192 œufs roux, trier les 384 plumes blanches et jaunes selon qu’elles soient dextres ou senestres, fabriquer et peindre le châlis du lit, percer les 16 lattes de plexiglas de 24 trous pour y insérer les plumes, concevoir et faire le disque bleu supportant les 16 baleines du parasol, mettre tout cela dans la Twingo et prendre la route vers Andorre pour y installer ce caressant lit de plumes sous un aérien parasol d’œufs…

Cette installation fait partie de la cinquantaine d’œuvres visibles jusqu’au 15 septembre aux alentours du Lac d’Engolasters, entre les communes d’Escaldes-Engordany et Encamp, près d’Andorre la Vieille.
https://visitandorra.com/fr/agenda/andorra-l-andart/

Une bulle de poésie dans les rayons de l’été !

AU 9 RUE DES NOUV’AILES #60

9 juin 2021 § 0 commentaire § permalink

Attention !

Qui aurait pu penser que cela deviendrait aussi un marché ? Le Grand Marché de l’Attention. Excroissance mortifère du temps de cerveau disponible théorisé par le cynique chef de TF1 que fut Patrick Le Lay. J’en ai manqué un peu le jour où j’ai cliqué sur un mail me demandant d’activer le Certicode Plus de ma Banque Postale. Souvent les mails frauduleux recelaient une ou plusieurs fautes d’orthographe mais là l’illusion était parfaite. J’oubliai un instant que tous les échanges avec ma banque en ligne passait par mon espace client sécurisé. Quelques jours après je reçus un mail du fabriquant de La Roue du Temps surpris d’avoir reçu un virement de 1000€ de ma part. J’alerte aussitôt ma banque qui m’annonce qu’un autre virement de 3000€ a été effectué depuis mon livret A. Au final, je vais pouvoir récupérer ces montants puisqu’il semble que les fraudeurs n’aient pas réussi à ajouter de nouveaux bénéficiaires sur mon compte et n’ont donc pas réussi à mener à terme leur tentative d’escroquerie. Ouf Ouf Ouf…

Sept œufs dans des cages de grillage. Six de couleur chair -oui, les teintes des coquilles ne sont pas sans rappeler celles de nos pigments de peaux – portent les lettres blanches du Commun. Ils saignent. Le septième est blanc, sa cage a des

nuances dorées. Une goutte de jaune s’en échappe, preuve qu’il est encore vivant. Il porte la lettre E, rouge. C’est la lettre qui féminise le Commun, relie et relis la mémoire de La Commune, l’absente de notre Histoire de France qui continue d’irriguer notre présent. Commun-CommunE (voir image 1) est le titre de cette petite installation exposée la semaine passé à la Galerie du Génie de la Bastille pour commémorer les 150 ans de la Commune de Paris.. Ce E est-il aussi celui du e-monde vers lequel nous avançons ? Puisse-t-il ne pas être trop immonde ! À la fin de l’exposition, j’ai entrouvert la cage du E pour que la lumière jaune de son or ensemence la vie commune des Elles et des Eux.

Saviez vous que les fontaines Wallace qui ponctuent certains lieux de Paris furent offertes à la ville par le philanthrope britannique Richard Wallace pour venir en aide aux indigents qui n’avaient pas accès à l’eau après la destruction de nombreux aqueducs pendant la Commune ?

Y a-t-il des cas récents de temps caressants ?

Je ne décroche pratiquement plus mon téléphone fixe où ne défilent que des pubs de mutuelles, voyances ou autres billevesées publicitaires. Pourtant ce 27 mai, grand bien m’a pris de déroger à cette abstinence puisque c’était un appel pour actualiser mon compte formation. Qui a débouché sur une formation de 28h aux logiciels Photoshop et Illustrator pour une valeur de 2800€. Attention, vous avez jusqu’au 30 juin seulement pour valider ce compte en allant sur moncompteformation.gouv.fr . Ne ratez pas cette opportunité !

J’ai fêté avec lenteur la fin du temps confiné en retournant saluer les sculptures olmèques au Musée du Quai Branly. Puis j’ai repris avec bonheur le chemins des salles obscures et toiles de lumières. J’ai commencé par Mandibules pour la mouche géante mais surtout pour la prestation extraordinaire d’Adèle Exarchopoulos. Puis par Michel-Ange de Konchalovsky pour revoir la Sixtine, la pierre de Carrare, les intrigues de Médicis et le génie de ce maître. Slalom a tristement ravivé

l’actualité du harcèlement et autres sévices sexuels dans le monde du sport tandis que Balloon faisait jouer des enfants tibétains avec des préservatifs pour parler subtilement de la politique de l’enfant unique en Chine. Laquelle vient d’autoriser après deux enfants en 2016, la possibilité de trois enfants par famille. L’Empire du Milieu a peur de vieillir ! Ravivée aussi, la mémoire des événements d’Algérie que l’on a encore beaucoup de mal à nommer guerre à travers le flm Des Hommes de Lucas Belvaux. Bien content de pouvoir de nouveau faire chauffer ma carte de ciné, j’ai aimé aussi The Father, L’Étreinte et Sara Forestier dans Play List.

Mais si vous n’avez qu’un flm à voir, filez derechef à la rencontre de Petite Maman de Céline Sciamma. Je pourrais vous dire que c’est le lien mère-fille vue à travers la relation de deux jumelles de 8 ans mais cela ne dirait pas grand chose de la subtilité de ce chef d’œuvre de sensibilité et d’intimité qui parle aussi d’innocence, du présent partagé, du futur, de la mort et des cabanes. Attention, flm essentiel !!!

Je vous ai parlé récemment de La Solitude des Nombres Premiers de Paolo Giordano. J’ai poussé l’exploration des œuvres de cet auteur et me suis fais littéralement aspiré par son roman Dévorer le Ciel. Trois jeunes gens et une narratrice dans la chaleur et les oliviers du sud de l’Italie. J’ai dévoré avec enthousiasme ces constellations céleste et intime des Pouilles qui passent aussi par une grotte islandaise.

J’ai voulu glisser dans ces Nouv’ailes le silence aimé et intemporel des jardins zen de Kyoto (Image 5). C’est la lecture enchantée d’Une Rose Seule de Muriel Barbery qui m’y a poussé.

Amoureux de longue date de l’Oulipo, j’ai apprécié la lecture de l’Anomalie d’Hervé Le Tellier et l’atterrissage de cette incroyable aventure de dédoublement aéronautique.

Dans l’atelier ô combien actif, j’écris cette chronique entre vidage des 384 œufs et la construction du lit de plumes d’un oiseau-fakir pour la Biennale de Land Art d’Andorre qui commence le 1 juillet prochain. Entre gravures et totems de plexiglas de la série « Nous avions à érections ». Au son d’un râga indien que m’a redonné envie d’écouter la surprise d’un joueur de tablas croisé dans un wagon de RER. Étonnant voyageur !

Comme chaque année ces Nouv’ailes se mettent en repos estival et vous donnent rendez-vous au neuvième jour du neuvième mois pour la suite du Monde du Neuf d’après l’été.

D’ici là, portez-vous belle attention.

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AU 9 RUE DES NOUV’AILES #59

16 mai 2021 § 0 commentaire § permalink

Déterminé.
Déterminé « par » ou déterminé « à » ?
J’aime l’adjonction de ces deux petits mots qui « détermine » le sens de déterminé. Passif ou actif… Alors dans ces semaines presque totalement confinées dans l’atelier, j’ai beaucoup travaillé pour rester déterminé à créer et ne pas être (trop) déterminé par cette perdurante et perfusante situation pandémique. Vous trouverez dans les images de ces Nouv’ailes quelques fragments créatifs de cette immersion d’atelier.

Comment dit-on hibernation quand cela se produit au printemps ? Je tenterai bien « printempsnation » mais ça fait un peu trop grand magasin !

Au sein de ces journées de livres et de radio, d’encres et de pinceaux, la sélection pour la biennale de Land Art d’Andorre fin juin (voir l’image n°1) est venue comme un baume dans mes paumes d’artiste un peu découragé après les nombreuses réponses négatives de l’hiver. Puis il y aura fn juillet Les Métamorphoses du Porc Épique (vues dans les Nouv’ailes n°47) à Hautecour, en Savoie, que je devais réaliser au printemps 2020 et qui furent annulées pour cause d’époque opaque.

«Si une personne regardait Instagram pendant 80 ans, elle ne verrait que 7 minutes de la production de la plateforme!»

a dit Annie Lebrun sur France Culture le 27 avril. Nos smartphones s’useront-ils avant qu’ils sucent la moelle de toute notre attention ? Nous vivons une pandémie d’images bien récupérée par le capitalisme de la notoriété, le veau d’or de l’éphémère visibilité et la production d’images sans imaginaires. Alors, aujourd’hui, je n’irai pas m’instagrammer, gardant comme seul outil mon site internet récemment renouvelé. Et Grand Merci à tous celles et ceux qui lui ont fait visite.

C’est sur https://blog.dodelaunay.com On peut aussi lire ces Nouv’ailes sur le blog qui lui est lié :https://blog.dodelaunay.com/

Je continuerai « quoiqu’il en coûte » à tisser la trame de mes originalités dans le partage trop minimal des effuves d’atelier, affirmant sans cesse que la peinture est et demeure un des rares endroits au monde qui résiste à cette frénésie de reproduction qui veut nous faire croire que le reproduit est l’égal du produit. Que « image » est identique à son anagramme « magie ». Ou qu’une visio est identique à une présence. Crier en silence haut et fort qu’une émotion est par essence non- reproductible. Je peins encore pour cette inconnue qui, en 1998, au sortir de mon exposition « Peinture Fraîche » au théâtre municipal de mon angevine cité natale me déclara les yeux émus et grands ouverts « qu’elle ne touchait plus le sol au terme de ce voyage en mes toiles ».

Connaissez vous les nounouneries ? C’est une bêtise, une stupidité. Ce mot nouveau qui nous vient du Québec fait partie des entrées de l’année dans le dictionnaire Larousse. Même mon correcteur orthographique ne le connaît pas encore. Parmi les nouveaux entrants, beaucoup de termes liées à la pandémie. Vous saturez ? Alors préférez-leur les mots sortis de l’essai de Patrick Chamoiseau intitulé Le Conteur, la Nuit et le Panier. Frottez vous avec délices à la Mondialité, la Vérition, au Tout-Monde et au Chaos-Germe. Vous y trouverez les semences de l’Oraliture, les clés de la Circonfession, la possibilité d’ouvrir une La-Ronde… Et déambulez avec jouissance dans les rayons de sa Sentimenthèque. Décalé et joyeusement décoiffant !

Étymologie du mot « théâtre » : lieu où l’on regarde. Est-ce à dire que notre époque est aveugle ?

Connaissez vous l’ADN CRISPR-Cas9 ? C’est une technique de découpe de l’ADN, découverte en 2012 par Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna qui ont été couronnées pour cela du prix Nobel de chimie en 2020. Technique qui suscite d’immenses espoirs de traitement des maladies génétiques, des cancers et qui peut à la fois créée des bébés OGM ou ressusciter des mammouths. Puisse cette technologie dite « des ciseaux à ADN » ne pas tomber entre des mains hélas trop coupables !

Y’ a-t-il de la fuite dans les idées ?

Je me souviens de ces beaux chevaux croisés l’été dernier dans les montagnes ariégeoises. J’ai appris récemment qu’une bonne partie de ces protéines chevalines était destinée à l’exportation vers le Japon pour alimenter maints sushis nippons… Pas très chevaleresque !

E.H.P.A.D. : Cet acronyme signifie Établissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes. Ça sonne un peu trop comme épave, non ?

193. C’est le nombre d’essais nucléaires réalisés par la France en Polynésie entre 1966 et 1996. Un chercheur, Sébastien Philippe et un journaliste, Tomas Statius ont épluché plus de 2000 pages d’archives déclassifées pour mesurer les conséquences sanitaires et environnementales de cette expérience collective, traumatique et encore taboue. Ils en ont tiré une livre, Toxique, publié aux Presses Universitaires de France. Puisse cet ouvrage emmener notre pays à regarder en face ce miroir « pacifique » qui n’en a pas le nom.

« Quand on marche sur une plage, on marche dans ses souvenirs d’enfance » Colette Fellous, à propos du livre de Chantal Thomas De sable et de neige qu’elle m’a bien donné envie de lire.

Est dit premier un nombre qui ne se divise que par 1 ou par lui-même. Ils sont donc tous impairs, sauf 2, seul nombre premier pair. 2021 n’est pas premier car il est le produit de 43 par 47 qui eux le sont. Deux nombres premiers sont dits jumeaux lorsqu’ils ne sont séparés que par un nombre pair. Mattia est un jeune surdoué en mathématique qui rencontre Alice au lycée et la pense sa jumelle. Telle est la trame du beau roman de Paolo Giordano, La solitude des nombres premiers paru en 2009, qui explore subtilement la distance qui isole et sépare, qui unit et éloigne…

Brûlant était le regard de Picasso. Le titre de ce roman d’Eugène Ébodé, dans la collection Continents Noirs des éditions Gallimard m’a attiré l’œil sur les étagères de la médiathèque et m’a transporté, non pas dans les yeux du maître peintre, mais dans l’histoire d’une fillette métisse suédo-camerounaise que la vie emmena vivre dans cette belle ville aux reflets artistiques qu’est Céret, au pied des Pyrénées. Là où elle œuvra et croisa le regard de Pablo et de bien d’autres artistes. Un beau voyage entre Afrique et Amour.

Avant la troisième vague, j’avais acheté le somptueux livre de Michel Pastoureau sur la couleur Jaune. Exaltant ! Comme toutes les recherches et écritures de cet historien-enseignant-chercheur qui a magnifiquement exploré l’univers des couleurs.

Et pour peaufiner le regard sur cet horizon littéraire, les textes de Sylvie Germain sur trois peintres -Piero della Francesca, Vermeer et Georges de la Tour – réunis dans un bel et bien nommé ouvrage : Ateliers de Lumière.

Des mots pour faire vivre encore et en corps les lumières déterminées « par » et « dans » l’atelier.

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AU 9 RUE DES NOUV’AILES #58

11 avril 2021 § 0 commentaire § permalink

Quelle heure est-elle ?

L’exposition Désir, dans le cadre du Printemps des Poètes à la Galerie du Génie de la Bastille n’est restée ouverte que quatre jours avant les annonces confinées de l’équinoxe. Les tableaux sont restés accrochés aux cimaises derrière les portes fermées et les spermatozoïdes volants de peinture et d’osier que j’avais accrochés au plafond de la Galerie continuent d’attendre en silence le souffle des visiteurs pour en faire tourner le regard.

« Le monde est plein de visions qui attendent des yeux » a dit Christian Bobin cité par le chanteur de Feu Chatterton.


La troisième semaine d’avril devait voir dans cette même galerie une exposition célébrant la mémoire et le 150ème anniversaire de La Commune de Paris, ce trou noir de l’histoire de France jamais enseigné à l’école. L’exposition a été reportée à la première semaine de juin mais en attendant et ce, avant le 20 mai, vous pouvez voir en replay ce très beau et émouvant documentaire de Raphaël Meyssan réalisé exclusivement à partir de gravures d’époque et inspiré par l’histoire d’une jeune communarde Victorine Brocher. Magistral ! https://www.arte.tv/fr/videos/094482-000-A/les-damnes-de-la-commune/ Et zappez le bicentenaire de la mort du prisonnier de Saint-Hélène, qui se voulait empereur et fnit exilé !

(Semi) confiné dans les 10 kilomètres imaginaires de mon atelier créatif et travailleur, j’ai aimé m’en évader dans l’image 4 de cette chronique.


« Mon Dieu, mon Dieu, cela ne s’éteint pas
Toute ma forêt je suis là qui brûle
J’avais pris ce feu pour le crépuscule
Je croyais mon cœur à son dernier pas…»

Elle était autrice-compositrice-interprète mais chantait aussi la poésie des autres tel Le Feu, ce poème d’Aragon dont la famme m’a touché il y a bien longtemps. Elle s’appelle Hélène Martin et s’en est allée le 21 février dernier après 92 printemps. Personne ou presque n’en a parlé mais je continuerai d’écouter avec plaisir son coffret de 13 CD que m’avait donné mon amie Suzanne dont la famme s’est éteinte en avril dernier mais dont le sourire me brûle encore de tendresse.

Il y a un an aussi, s’en allait aussi un chanteur cher à ma jeunesse. So long Graeme Allwright !

Savez-vous ce qu’est une écriture boustrophédon ? C’est une écriture dont le sens de lecture change d’une ligne à l’autre, à la manière du bœuf marquant les sillons dans un champ, allant de gauche à droite puis de droite à gauche.
Dont cette dernière partie de phrase pourrait s’écrire :
.gauche à droite de puis droite à gauche de allant, champ un dans sillons les marquant bœuf du manière la à, l’autre.
Cela favoriserait sans doute les joueurs de tennis !

Est ce que les silences des livres délivrent ?

Dans son anthologie de poèmes pour la jeunesse, le poète Abdellatif Laâbi s’est amusé à féminiser quelques expressions de notre langue : alors, imaginez un conte qui commencerait par « Elle était une fois » dans un pays où l’on dirait «Bientôt elle fera nuit, pourvu qu’elle ne pleuve pas des cordes». Tout en se souvenant qu’en allemand le soleil est féminin…

Entendu et lu une information sur une étude voulant mesurer l’effet placébo de l’ostéopathie. Comment ne pas interroger dans ce cas le concept de placébo?? C’est quoi une manipulation placébo? Quid du toucher, de la chaleur d’une main, de son fuide, de l’énergie échangée? En ramenant cette expérience dans son cadre soit disant scientifque, -placébo ou non placébo-, cela revient comme d’habitude à cette même arrogance scientifque de défnir son propre cadre comme étant le seul et unique… Et après s’étonnera-t-on du défcit de confance en la médecine ? Faudrait-il prendre un médiator pour chanter l’injustice qui accorde du sursis et coupe la faim de vivre ?

Peut-on dire de Madame Laguillier qu’elle fut une lanceuse d’Arlette ?

En tous cas n’achetez plus de poivre moulu, préférez-le en grains ! Une étude a montré que moulu, il contenait aussi terre, poussière et résidus de plastiques… Atchoum !!!

Dans les aventures de lecture de ce mois, un superbe, lyrique et poétique voyage en compagnie d’Alexandre, sa mort, ses généraux, son corps et son tombeau sous la plume de Laurent Gaudé. Cela s’intitule Pour seul cortège et est publié chez Actes Sud. Envoûtant.
Les étoiles s’éteignent à l’aube, de l’amérindien Richard Wagamese. Un fls accompagne la mort de son père presque inconnu et alcoolique dans les montagnes de Colombie Britannique. Puissant et émouvant.
Pas loin de là, Rick Bass chronique subtilement la vie sauvage du Montana dans Le Livre de Yaak.
De l’autre côté du Pacifque, l’anthropologue Nastassja Martin conte dans Croire aux Fauves, sa rencontre physique et animiste, humaine et animale avec un ours dans les montagnes du Kamtchatka. De ce livre, il est question aussi dans le podcast réalisé par Maïa Mazaurette sur la mort subite de son fancé âgé de 29 ans, qui s’appelle Une Histoire Intime. C’est fin, fort, vivant. https://www.franceinter.fr/emissions/une-histoire-intime

Si par hasard, vous connaissez des gens qui sont en quête d’une maison dans le Sud et plus particulièrement dans les alentours provençaux du Mont Ventoux, faites-moi signe. Deux amies vendent deux maisons contigües dans une petite copropriété à une vingtaine de kilomètres à l’est d’Avignon.

J’ai commencé cette chronique en écoutant François Sarano et son exploration fascinante du monde des cachalots. Plongez-y, la mer veille.

Les jours rallongent. La nuit s’amenuise.

Elle était temps.

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AU 9 RUE DES NOUV’AILES #57

10 mars 2021 § 0 commentaire § permalink

Désir.

Il y a un an, j’annonçais dans cette chronique ma participation au Printemps des Poètes dont le thème était le Courage. L’expo à la Galerie du Génie de la Bastille fut annulée pour cause de vous savez quoi. Cette année, le thème est le Désir et même si ses horaires sont réduits, j’espère bien cette expo va pouvoir se tenir. C’est du 17 au 21mars de 11h à 17h au 126 rue de Charonne Paris 11ème. Je serai heureux de vous y voir. Prévenez moi de votre venue si vous le souhaitez, je n’y serai pas en permanence. Toutes les infos sur http://www.legeniedelabastille.com/evenement/printemps-poetes-2021-desir/

Vous êtes-vous autorisé.e.s à utiliser l’écriture que l’on dit inclusive ? Personnellement je trouve assez moche visuellement, voire carrément r.i.d.i.c.u.l.e cet amas de petits points censées « dégenrer » la langue et l’écriture. La Radio Suisse Romande ne dit plus au journal de 20 heures « Bonsoir à tous » mais seulement « Bonsoir » car les « toutes » pourraient être vexées. Vexé.e.s? Et pourquoi pas « Bonsoir à toutes et à tous » ? Je propose le boycott de l’accord systématique au masculin du participe passé et la liberté de l’accorder comme bon vous semble ! Ce sont les hommes qui ont fxé ces normes grammaticales mais n’oublions pas en ce lendemain de 8 mars que ce sont les femmes qui ont … les règles. Qui pourrait me dire pourquoi on les a ainsi nommées ?

Quel est l’être le plus fort du monde ? « C’est le Soleil » dit la devinette
Qui est plus fort que le Soleil ? C’est le Nuage, qui peut cacher le Soleil.
Qui est plus fort que le Nuage ? C’est le Vent, qui peut chasser le Nuage.
Qui est plus fort que le Vent ? C’est la Montagne, qui seule, peut arrêter le Vent.
Qui est plus fort que la Montagne ? C’est l’Homme qui seul peut déplacer des Montagnes.
Qui est plus fort que l’Homme ? La Femme mais la devinette ne dit pas pourquoi…

Entendu cette charmante devinette dans la bouche de Bernadette Bricout, lors de l’émission Les P’tits Bateaux le dimanche à 19H30 sur Inter, qui rappelait, contre une idée reçue, que bien souvent dans les contes ce sont les femmes qui ont le dernier mot…

Entendu à la radio une passionnante émission de témoignages de jeunes ados sur le gavage des écrans et sur l’irrépressible besoin de retrouver de « vrais » contacts humains qui réduiraient le nombre d’heures passées sur smartphone. On pourrait en dire autant pour les adultes avec l’envahissement des séries et leur impérialisme chronophage et envahissant. N’est-ce point là une forme de colonialisme des imaginaires en ces temps de pandémie où la culture est mise sous le boisseau ? J’espère, j’escompte quand le temps sera venu, un réactif et salutaire retour de balancier… et un véritable rebond d’appétits culturels… Des trucs en vrai, quoi !!!

Il y a bien longtemps que je n’avais pas plongé dans un gros bouquin de plus de mille pages en poche mais ce fut le cas pendant ces quatre dernières semaines avec Le Chardonneret de Donna Tartt, belle et dense histoire autour d’un tableau volé dans un musée lors d’une explosion où le héros de 11 ans perd sa mère…

Par contre je n’ai mis qu’une journée à lire le vertigineux livre de Camille Kouchner La Familia Grande sur l’inceste subi par son frère jumeau par son beau père… Un livre bien écrit, abrasif, à l’os, qui dit en filigrane combien les révélations incestueuses et toutes celles qui ont trait aux violences sexuelles qui se font jour à notre époque la ramonent en profondeur…

Ces Nouv’ailes manquent un peu d’entrain et de légèreté joyeuse… Preuve que tout isolé que je sois dans mon atelier serein et travailleur au retour de quelques vadrouilles dans le Sud, l’emprise et l’empreinte de l’époque pèsent sur la vivacité des neurones et imposent la conscience de la durée que n’édulcorera pas la frénésie vaccinale…

« Dis m’sieur, dessine moi un cinéma après dix huit heures… »

Et allons cueillir quelques jonquilles, il nous faut un équinoxe en inox.

do 9321

Au 9 RUE DES NOUV’AILES #56

10 février 2021 § 0 commentaire § permalink

Quand ton masque craqueront, je serons des millions derrière
Quand les masques craquera, tu serons solitaires…


Vous en avez marre de voir le verre du monde à moitié Covid ? Essayez la langue des oiseaux et le voyage alchimique avec Patrick Burensteinas en suivant ce lien que m’a envoyé une amie artiste. Prenez en le temps. L’interviewer est un peu pénible par moment mais l’interviewé est assez passionnant. https://youtu.be/nFZbR-4oXTw

Quand tous les serpents naufragés se seront battus pour des pommes
Nous deviendrons des insurgés
Au hasard des parties de scrabble, il appert que le mot Qi est désormais accepté. Le Qi, c’est comme cela que les chinois appellent l’énergie vitale, le souffle qui anime tout vivant. Le travail avec cette énergie se nomme Qi Gong et pénètre de plus en plus nos esprit occidentaux pour qui le Qi … n’est que le quotient intellectuel !

Vous savez, les palmiers chez moi c’était d’abord de la musique !

Savez vous ce qu’est l’adelphité ? C’est la sororité et la fraternité réunies dans un même mot pour désigner des relations harmonieuses ente femmes et hommes.

Un tableau enfoui dans les coursives du bateau-atelier vient de refaire surface au gré des marées intérieures des cimaises. C’est l’Or de l’Autre.

Cette petite fille qui te demandera
Est ce que tu as toujours des étoiles sur toi
Est ce que les pierres crient quand la source les noient
Est ce que les fourmis ont des sacs de rêves
À cheval sur leur dos qu’elles portent à leur tanière…


La neige attendue ce soir n’est pas encore apparue au pied de la verrière de l’atelier confortablement chauffé. La rénovation énergétique qui a été faite il y a quelques années porte ses fruits et m’a valu une bienvenue révision à la baisse des charges de chauffage. Comme c’est désormais un rituel, ces mois d’hiver sont le temps d’élaboration des projets et autres projections créatives in situ. Et c’est un vrai bonheur que de gamberger sur « L’Eau du Temps », « Le Piolet, le Pinceau et le Papillon » ou sur « Patellarum Vibris » même si ces projets n’ont pas été sélectionnés pour la ville de Guingamp, les Côtes de Légendes bretonnes ou le Parcours des Fées en Hautes Alpes… La créativité est une spirale et mon crayon en épouse la respiration… Inspirer, Expirer… La spirale est le seul signe humain qui d’un seul geste dessine la dualité : le trait de la spire et le vide qu’elle enserre. Demander aux galaxies, elles vous confirmeront cette loi universelle. Univers’ailes…

Elle a des barrières infranchies qu’elle n ‘ose pas escalader

Quand elle parle elle rit et se penche pour vous regarder

Elle a bien un nom, une vie mais je ne m’en rappelle plus

Elle s’est éclose dans ma vie au jardin des sentiers battus

L’églantine de mon jardin…

Je n’ai pas tout compris des nouvelles conditions d’utilisation de l’application Whatsapp, illisibles, forcément illisibles, mais j’ai migré vers Signal, qui a au moins le mérite d’être adossée à une fondation à but non lucratif. Personnellement je n’en peux plus de l’avalanche de mots de passe qu’il faut escalader pour se connecter… Il me faudrait un mot de passe pour ouvrir le dossier qui contient tous mes mots de passe…

Curieusement, ce mois de janvier qui a quand même eu des allures de semi-confné sous le couvercle du couvre-feu m’a davantage emporté vers le silence et une diminution, momentanée, j’espère, des envies de lecture. Tout au plus Mon oncle Oswald de Ronald Dahl et la découverte par une amie hispanophile d’un chantre du réalisme magique en la personne du mexicain Juan Rulfo dont je viens de lire les nouvelles Le Llano en flammes. Il faut dire aussi que je prends le temps quotidien de remettre à niveau mes modestes rudiments d’anglais et que je m’attaque à la lecture et à la compréhension du logiciel de dessin Illustrator… Les soirées sont bien occupées !

« Commence par toi -même, mais ne te prends pas pour but », entendu dans la bouche d’Abdebour Bidar citant le conteur et philosophe Martin Buber dans son essai Le Chemin d’homme.

Vous vous demandez peut-être ce que sont ces phrases écrites en ocre dans les interstices de ces Nouv’ailes ? Ce sont quelques unes des paroles des chansons de Môrice Bénin, formidable et radical chanteur qui a œuvré dans les marges des chemins de la chanson française. Poète sensible au verbe haut, je l’avais découvert et aimé lors d’un rassemblement antinucléaire contre la centrale de Braud Saint-Louis à l’été 75… Au fl du temps, je m’en étais quelque peu éloigné mais les échos de ses mots sont restés encrés et ancrés dans ma mémoire d’amoureux de la chanson. Il s’en est allé le 19 janvier dernier, là où les refrains fredonnent l’éternité d’un souffe. Peut-être y croisera-t-il l’immense et délicieux Jean Claude Carrière qui est parti hier rejoindre le charme discret des fantômes de la liberté…

Je vis….
Je vis une enfance larguée sous le projecteur tendre d’un soleil inventé qui brûle au dedans… Je vis….

On ne sait si cela est le présent du verbe vivre ou le passé simple du verbe voir. Qu’importe !

On a tout le temps pour se rendre compte qu’on a pas le temps.

do 9221