AU 9 RUE DES NOUV’AILES #10

21 juin 2016 § 0 commentaire § permalink

Pour clore cette première saison d’AU 9 RUE DES NOUV’AILES, qui est aussi la quatorzième saison du JOURNAL DU NEUF, j’ai suivi quelques fils quotidiens de ce pluvieux mois de Mai. Au risque d’être un peu long, mais vous avez trois mois pour aller à la pêche à ces lignes et nous nous retrouverons, si vous le voulez bien et en toute liberté, aux alentours du 9 septembre. Je serai à ce moment là en train de monter AILES DE GIRONDE dans le cadre de Sentiers d’Art 2016, dans le village de St Ciers sur Gironde (voir Nouv’ailes n°9 du mois dernier).

Bel été de bonté, beauté et amitié à partager.

10 mai: Maman perd doucement la mémoire dans la chambre angevine de L’Orée du Parc. Pour faire taire le douloureux désarroi, j’ai une bouffée de douce empathie pour le personnel qui lui prodigue soins et attentions.
11 mai: Le retour à l’atelier m’informe de l’annulation du symposium dans le Champsaur pour cause de réduction des subventions et de ma non-sélection pour Mac 2000 en novembre prochain.

12 mai: Au théâtre de la Contrescarpe, j’écoute LA VIE EN VRAC chantée par Annick Cisaruk et accompagnée par l’accordéon virevoltant de Davis Venitucci. Vous pourrez les entendre cet été au Festival d’Avignon du 7 au 31 juillet 2016 à 22h15 au Théâtre ARTO. Bonheur garanti. Dans le RER du retour, mon voisin black m’offre une poignée de cacahuètes qui déroutent mes papilles car elles ne sont pas grillées. Mais le sourire est complice.

13 mai: Après le fantasque “Ma Loute” de Bruno Dumont où excellent Binoche et Bruni-Tedeschi, je retourne au Théâtre de la Contrescarpe pour écouter cette fois la voix envolée et envoutante de Marie Baraton accompagnée par mon ami Pierre- André Athané. J’aime la variété de la chanson française, notes et sons accordés aux sens. La voix est la voie de l’humain.
14 mai: Je n’irai pas aux CONVIVIALES de NANNAY. Au fil du temps j’ai appris à encaisser ces refus de projets qui peuplent mes cartons à dessins mais sont matière recyclable. Demain est un nouveau projet, carburant vital et énergie renouvelable. Comme tous les samedis matins, je tire quelques flèches de bambous avec mes amis du Kyudo avant d’aller voir L’Ange Blessé, film kazakh de Emir Baigazin. Dépaysant !

15 mai: Balade à la traditionnelle et japonaise Maison de Kiso au Jardin d’Acclimatation pour voir l’installation d’Hiroko Hori. Tout près de là, Buren a décoré le bâtiment de la Fondation Vuitton. Spectaculaire, mais sans grande émotion plastique. Je préfère de loin son intervention à rayures sur le brillant tramway tourangeau. Au soir, sur les Champs Élysées, Money Monster avec George Clooney et Julia Roberts. Efficace dénonciation du monde des médias et des finances américain. Mais qui l’ignore encore?

16 mai: Rangé bureau et atelier en ce lundi de Pentecôte sans cours de gravure. Balade dans la Chine d’hier et d’aujourd’hui avec le film Red Amnésia.

17 mai: Le Stade de France est entouré de palissades de béton et grillage. Ambiance concentrationnaire et grande paranoïa sécuritaire en préparation de l’Euro de foot. Les commercants du quartier ne sont pas contents et la fête sera grillagée. Du pain et des jeux, mais rien à foot !!!

18 mai: Au retour de mon intervention hebdomadaire à la MJC de Ballan Miré, je glisse du TGV vers une salle obscure où je me régale de Julietta, beau portrait de femmes d’Almodovar.
19 mai: “j’ai perdu le sentiment d’appartenance, mais j’ai gardé celui de provenance” dit Erri de Luca en parlant de sa ville natale Naples…. Pourquoi parle-t-on au pluriel de “ses origines” alors que par définition, celle-ci est unique?

Au théâtre de Poche Montparnasse, je remercie Marie G. qui m’a donné place pour assister au spectacle Madame Bovary. Trois + Une comédiens-musiciens content, disent et jouent le roman de Gustave F. Le livre se livre sous nos yeux et c’est embarquement pour Flaubert.

20 mai: Passé une grande partie de ma journée sur mon dossier de retraite complémentaire. Labyrinthe administratif dont j’ai un peu de mal à maîtriser les circonvolutions. Le spectacle Le Petit Prince avec un mime et deux musiciennes m’enchante dans le cadre intime et gratuit ce soir-là, du Théatre du Ranelagh, loin là-bas au fin fond du XVIème arrondissement.

21 mai: Finale de la Coupe de France au Stade de France. Hauts parleurs et merguez-bière au Stade. Soirée radiophonique et dessin at home.
22 mai: De chers amis suisses sont venus acheter un tableau à l’atelier. J’aime quand ils découvrent pour la première fois l’antre de mes murs, le décor derrière la banale entrée du HLM et la lumière de la verrière qui invite aux rebonds des regards. Je ne me lasse pas de la merveille de leurs sourires qui pétillent.

Aujourd’hui c’est le 50 ème anniversaire de la premiere explosion nucléaire française en Polynésie. La radio diffuse des extraits de l’allocution insouciante et scientiste du Général De Gaulle. Je me sens polynésien et j’ai honte pour mon pays.

23 mai: L’Autriche n’a pas fait l’autruche et rejette de peu l’extrémité de la droite. Pour combien de temps? Que faudra-t-il pour qu’une conscience humaniste et européenne émerge réellement. Victor H, reviens nous mettre en vers les États Unis d’Europe!

24 mai: Coupure des subventions de la Villa Gillet à Lyon. Idem pour la Maison d’Izieu. On a trouvé des sous pour recruter des flics et acheter taser, flash-ball et autres matos mortifères et on coupe les budgets de la culture et de la recherche. Il y a des logiciels de gestion qu’il faudrait sérieusement mettre à jour.
J’accroche 6 gravures pour une expo de deux jours à la Mairie de Pantin. C’est pour la fête de l’estampe, faire plaisir à mon prof de gravure et à la vieille dame artiste qui organise cela. C’est n’importe quoi et n’a guère de sens.

25 mai: Isabelle Huppert est vraiment géniale dans le film ELLE de Paul Verhoeven. Et le film aussi. J’ai même dans la foulée lu le roman “Oh…” de Philippe Djian qui l’a inspiré.
26 mai: Journée colle de peau. Je prépare quelques supports qui sèchent au fil de la première image jointe à ces nouv’ailes.

27 mai: on a trouvé une météorite dans le toit d’une maison de la banlieue parisienne en 2011. La propriétaire s’appelait Madame Comète.

28 mai: “Hiroshima, c’est la fin des Lumières” a dit Albert Camus en réaction aux éditos des journaux post 6 août 1945 tandis que c’est la première fois qu’un président américain foule ce lieu originel d’irradiation.

29 mai: Mon anglais n’est toujours pas terrible et je ne savais pas ce que signifiait “spoiler” dans la bouche des adoraterurs inconditionnels de séries américaines. Mais grâce à mes amis québécois je peux désormais employer un mot qui ne doit rien à la langue de Shakespeare. Et je m’en vais vous “divulgâcher” le fin mot de cette histoire!

30 mai: Pour faire sécher les tirages que je rapporte du cours de gravure, je les mets, entourés de papiers de soie, entre les pages du gros catalogue de l’exposition Les Magiciens de la Terre en 1989.
31 mai: C’est bien, on dit un artiste-peintre mais on peut dire aussi une artiste-peintre.
1 juin: Je me nourris de la lecture du journal Le 1 intitulé cette semaine “La France qui Craque”. Bonne matière à réflexion sur le temps qui se trame en drame dans notre époque épique.

“Un conte, c’est une histoire d’hier que l’on raconte aujourd’hui pour demain”. (Tobie Nathan, cette nuit sur France Inter).

2 juin: Je prends le temps comme il vient et ne suis guère adepte des prévisions météo mais aujourd’hui je n’en peux vraiment plus. Il fait encore trop froid, la pluie est crue et la Seine fait le zouave au pont d’l’Alma. Le RER B est en rade et je manque de vitamine D.
3 juin: Belle exposition de céramiques à La Maison Rouge et de somptueux chefs d’œuvres venus de Budapest, dont un portrait présumé du frère de Dürer et quelques divins Gréco au Musée du Luxembourg.
4 juin: “les poètes sont de vieux peaux rouges qui refuseront toujours de marcher en file indienne” (Guy Gofette). Il y avait de la rhubarbe dans mon panier bio de cette semaine alors j’ai fait mon premier crumble (90g de beurre, 60 de sucre et 125 de farine. Bien mélanger avec les doigts et égréner sur un mélange de pomme et de rhubarbe saupoudré de suc vanillé. 30mn au four à 215°). Miam miam !

5 juin: Je continue mes envois de CV pour donner cours ou stage d’arts plastiques. Je pensais m’inscrire sur Linkedln. La première condition est de me faire aspirer mon carnet d’adresses. J’en reste là. Il y a quelques jours une panne de mail m’a valu d’être dépanné par un technicien Orange qui a pris à distance contrôle de mon ordinateur. La flèche curseur bougeait toute seule ! Manip réussie et parfaitement sécurisée. Mais quand même, sans être trop parano, je repense à Lisbeth Salander dans la saga Millénium et médite sur la sécurité informatique “à cœur”.

6 juin: Dans quelques semaines, je vais être artiste retraité. Ce qui est un oxymore. Qui me permettra tout juste de payer mon loyer. Il va me falloir continuer de ramer avec mes pinceaux. Mais j’ai un océan d’amour dans le cœur et ce matin j’ai rêvé de deux bateaux.
7 juin: Je prends à la gare de Massy le Ouigo de 10H37 pour Angers et retrouve Maman pour un déjeuner qui n’alimente plus de conversation. Je suis là. Elle est là. Je la câline et l’embrasse. Et je repars diluer ma tristesse dans le train qui longe la Loire toute crue et le soleil enfin revenu dans son val.

8 juin: Les enfants de Ballan terminent leur pliage en forme de livre d’arts plastiques. Au soir, je file à Anvers dans le film Diamant Noir d’Arthur Harari. Étincelant. Le croissant de lune est déjà vieux de deux jours de ramadan et joue magnifiquement de sa lumière dorée avec l’anneau saturnien du Stade.
9 juin: L’atelier est dans son silence nocturne, prêt à l’envoi du Neuf. Merci de m’avoir suivi jusqu’au bout de ces lignes.

Que la peinture de votre été soit fraîche.

do 9616

RUE DES NOUV'AILES_10-1

RUE DES NOUV'AILES_10-2

RUE DES NOUV'AILES_10-3

RUE DES NOUV'AILES_10-4

RUE DES NOUV'AILES_10-5

AU 9 RUE DES NOUV’AILES # 9

20 mai 2016 § 0 commentaire § permalink

Odyss’7.

On aurait pu l’appeler ainsi, la belle aventure de cinq artistes rassemblés pour l’ouverture du lieu – “Au 17” – près de Nantes, sur la rive sud de la Loire, dans le village de Saint Jean de Boiseau. Peintures, photos, céramiques, installations pour inscrire la diversité, la rencontre, le partage et les échanges de ce lieu voué à ces valeurs. Ce fut un beau week-end qui vit défiler une centaine de visiteurs et quelques musiciens… Et l’Œuf de Bambous Rouge que j’y ai installé et que vous pouvez voir dans la première image de ces Nouv’ailes attend le regard des voyageurs de passage et le jeu en cabane des enfants buissoniers.

Ajoutez y une date à retenir: les 7, 8 et 9 juillet prochains, j’y animerai un stage “Expressions Plastiques” dont vous recevrez la réclame dans quelques temps. Je continue mes recherches de cours, ateliers ou stages pour me permettre de transmettre et partager quelques bribes de créativité et aussi gagner quelques sous… J’en profite pour vous redonner une nouvelle fois le lien permettant de visionner quelques uns des travaux d’école réalisés avec des enfants : https://blog.dodelaunay.com/entre-objet-et-peinture/travaux-decole/

“Chanter, c’est jouer avec le corps de l’autre” a dit Alfred Tomatis cité par l’alerte professeure de chant et de 92 ans Raymonde Viret lors d’une émission de radio sur la voix. Qui chantera pour tous les exilés syriens qui sont devenus si rien?

Moins drôle fut l’aventure, celle-là virtuelle, d’une vente d’ESCHER ABO, le tableau qui orne le frontispice de mon site internet. Après accord mailé sur le prix et les conditions de vente, la seule réponse à mes mails fut un lourd morceau de silence plombant mon moral et mes finances déjà bien maigres en cette époque de sas (et même de sos) entre chômage et retraite.

Pourquoi voit-on davantage de pancartes “À VENDRE” plutôt que “À ACHETER”?

Recette pour la cuisine: achetez un citron bio puis mettez-le au congélateur. Une fois givré, sortez-le du froid et à l’aide d’une râpe, saupoudrez zeste, pulpe et pépins sur soupes, salades, crudités ou autres plats mitonnés avant de remettre le citron congelé dans les frimas du congélo. C’est bon pour la santé, économique et délicieux aux papilles ! Dites m’en des nouvelles !

Comment valider son ticket de métro à la station Invalides?

Avez vous pensé à faire provisions de pastilles d’iode, utiles en cas d’accidents nucléaires pour saturer la thyroïde et éviter la contamination radioactive? Face aux risques d’attentats – on a retrouvé traces de surveillances des centrales dans les documents retrouvés chez les auteurs des attentats- ou d’accidents dans ces même centrales devenant vétustes, la Belgique et la Hollande ont décidé de fournir à leur population ces précieuses pastilles… Rassurant, non? Pendant ce temps-là, la ville de Genève a décidé de porter plainte contre l’État français pour mise en danger de sa population par la centrale du Bugey… Tandis que le budget d’EDF risque bien de sombrer dans les failles des cuves des réacteurs et autres fissures des projets d’EPR. À quand un momument à la gloire de ces cerveaux des X, Mines, Ponts et autres soi-disantes grandes écoles qui nous ont mis dans un tel bourbier?
Par contre vous pouvez continuer à acheter pas cher des fringues H&M. Tous les engagements pris par cette firme suédoise suite à l’incendie du Rana Plazza en avril 2013 ont été hautement tenus. Quoi, vous ne me croyez pas? Et bien vous avez raison…

Quand j’ai entendu le titre du récent ouvrage d’Emmanuel Carrère, celui-ci m’a immédiatement interpellé puisqu’il reprend une des phrases clés du Yi Jing : “Il est avantageux d’avoir où aller”. En fait, ce n’est pas un roman mais une compilation des chroniques et reportages faisant œuvre d’autobiographie possible de l’auteur. Que je grapille entre oreiller et sommeiller.
Il est décédé en octobre dernier mais encore très présent sur les rayons de ma bibliothèque personnelle. J’ai ainsi dégusté récemment La Faille Souterraine, recueil de nouvelles d’Henning Mankell qui conte les enquêtes de l’inspecteur Wallander avant qu’il soit inspecteur. Et en bonus, Une Main Encombrante, idée scénarisée par la BBC et réécrite ensuite par Mankell.
Ça ressemble à un polar, mais c’est bien plus que cela, c’est le récent ouvrage de Jean Echenoz intitulé Envoyée Spéciale, publié comme toujours aux Éditions de Minuit. C’est fin, drôle et joliment ciselé. Un régal!

Dans les films du moi du mois, j’ai beaucoup aimé Mékong Stories, D’une Pierre Deux Coups et La Saison des Femmes. Un peu moins mais visibles quand même, Les Malheurs de Sophie et Les Habitants, dont le dispositif panoramique et caravanier n’en dit pas assez sur ses … habitants.

Ne relâchez pas votre quête de poésie et envoyez moi les mots rimés qui vous sont chers, ma réserve est presque à sec. Car comme l’a dit Léonard de V, phrase que j’ai placé à la fin de mon book que je continue à faire circuler dans les galeries (marchandes) de l’art: “La peinture est une poésie qui se voit”.

À vos plumes, pour nourrir mes œufs de peinture !

do 9516

RUE DES NOUV'AILES_9-1

RUE DES NOUV'AILES_9-2

RUE DES NOUV'AILES_9-3

RUE DES NOUV'AILES_9-4

RUE DES NOUV'AILES_9-5

AU 9 RUE DES NOUV’AILES # 8

20 mai 2016 § 0 commentaire § permalink

Quelle est la différence entre le début et l’origine? La réponse ne peut être qu’à … la fin de cette nouv’aile chronique.

Qui s’illustre de dessins sous l’élan de la Géante Nue qui ouvrait la précedente et a trouvé acquéreur lors de l’exposition collective de dessins à la Galerie du Génie de la Bastille. Avec les traits colorés qui tentent de capter les traits envolés des archers japonisants. Avec un zèbre venu tracer les lignes noires et blanches d’un rêve caché dans les spirales d’un papyrus sans âge. Et avec le croquis qui fait des ronds dans les bambous de ma prochaine installation lors d’une exposition collective à Saint Jean de Boiseau près de Nantes le week-end des 16 et 17 avril prochain. Avec, à suivre, dans ce lieu de rencontres, de créativité et de convivialité qui s’appelle “AU DIX SEPT”, un projet de stage d’arts plastiques que j’animerai début juillet.

Entre arc et art, il n’y a qu’un thé de différence.

Je suis toujours fasciné par le dessin – cette première expression humaine que l’on apprend avant même de parler ou d’écrire, ce premier gribouillis feutré sur la première page blanche de notre humanité- et le mystère de ce lien intime qui passe et circule entre l’œil, la main et le cerveau et traduit l’émotion du regard qui traverse le corps.
Toujours à la recherche de cours ou d’ateliers d’arts plastiques, je vous redonne le lien de mes travaux d’école qui ne fonctionnait pas dans les précédentes nouv’ailes: www.dodelaunay.com/entre-objet-et-peinture/travaux-decole/

“La première spiritualité c’est d’être connecté à soi-même”, ai-je entendu dans la bouche du conteur Yannick Jaulin, celui qui a découvert que le nombril du monde se situait en Vendée, dans le petit village de Pougne-Hérisson. Voilà qui me semble être une vérité originelle ( et nombrilesque) à réactualiser sans cesse au cœur de notre époque hyper-connectée et néanmoins légèrement déboussolée.

“Rose promise, chôm’du” C’est un des jolis slogans qui a fleuri sur les banderoles printanières des “Nuit debout” et autres bagarres contre la loi du travail. J’avoue humblement ne pas avoir, à l’heure où je viens d’envoyer mon dossier de demande de (maigre) retraite, tout capté des enjeux en jeu, entre préservation des acquis et nécessité de s’adapter aux mouvements du monde. Il y a dans cet éveil printanier quelque chose d’un rituel de jeunesse qui découvre la rue, la manif et la grève et fait joyeux écho au livre de Christiane Taubira “Murmure à la jeunesse” dont je vous donne quelques échos poétiques dans la cinquième image.

Vous connaissez sûrement l’expression “En voiture Simone!” Mais connaissez vous la délicieuse suite qui rime et remonte aux débuts de l’automobile: “C’est moi qui conduis, c’est toi qui klaxonnes!”

Pour la première fois au monde, une machine ordinatrice a battu un être humain au jeu de go. C’était il y a quelques semaines en Corée. De mes quelques expériences retenues de ce jeu, je me souviens d’une des leçons de stratégie: en attaquant directement un territoire de l’échiquier du jeu de go, le goban, on ne fait que le renforcer. Peut-on en tirer quelques perspectives politiques pour notre époque bouc-émissairisée? Ou vaut-il mieux attendre joyeusement qu’on aie de nouveau un vrai gouvernement de droite avant de retrouver une nostalgie de gauche?

”Il y a le silence déraisonnable du ciel” a dit Albert Camus cité par Hubert Reeves dans la bande dessinée “L’Univers” parue à la petite Bibliothèque des Savoirs.

Dans les lectures du mois, il y a “Crime dans la cité impériale” de Colette Lovinger-Richard. J’ai cru que c’était un polar chinois et je me suis retrouvé dans un imbroglio napoléonien en forêt de Compiègne… On m’avait conseillé “Nymphéas” de Michel Bussi mais comme il n’était pas dans les rayons de la médiathèque j’ai pris “Ne lâche pas ma main” et me suis retrouvé à crapahuter dans les paysages de l’île de la Réunion. L’intrigue s’essouffle sur la fin mais quel plaisir de déambuler dans le créole des ravines et pitons de ce confetti volcanique.
Et pour continuer le dépaysement, je viens d’entamer “Le Boulevard Périphérique” d’Henri Bauchau.

”Le vêtement c’est ce que vous voulez qu’on pense de vous, la nourriture, c’est ce que vous pensez de vous” a dit entre autres Maguelonne Toussaint-Samat née en 1926 qui a aussi écrit un livre sur le sexe des gâteaux! À déguster sans modération!!!
À tous les adultes chez qui sommeille encore un enfant, je vous recommande, de Winsor Mc Cay, la bande dessinée Little Nemo, publiée au début du siècle dernier dans le New York Herald. Posologie: une page chaque jour, surtout au réveil.

Que dire d’un pays qui après avoir exterminé ses “peaux rouges” et esclavagisé sa minorité noire héberge son président dans un lieu nommé “La Maison Blanche”?

”La vérité, on peut la cacher, on ne peut pas la tuer”
a dit le toujours sémillant et juvénil franco-chilien Alessandro Jodorowsky.

Peu de cinéma ce mois-ci: Le cœur régulier de Vanja d’Alcantara avec la subtile Isabelle Carré, No Land’s Song, un documentaire iranien qui essaie de démonter l’interdiction pour les femmes de chanter en public en Iran et la sympathique comédie de Rosalie Blum d’après la BD éponyme.

Puisque vient la fin de cette chronique, voici la réponse à la question du début: Le début c’est la première rencontre, alors que l’origine peut être très en amont… C’est ce qu’évoque Erick Orsenna dans son dernier ouvrage “L’Origine de nos Amours”… Je n’aime pas cette incongruité de la langue française qui qualifie la récente parution d’un livre par ce qualificatif “dernier” qui sous entend “dernier paru” mais semble affirmer plutôt qu’il n’y en aura pas d’autres après.

Cela me fait penser à ce koan japonais, ces questions brèves qui n’attendent pas de réponses: “où étiez vous avant que vos parents se rencontrent?”

Autrement dit: “où est votre origine?”

do 9416 RUE DES NOUV'AILES_8-1

RUE DES NOUV'AILES_8-2

RUE DES NOUV'AILES_8-3

RUE DES NOUV'AILES_8-4

RUE DES NOUV'AILES_8-5

AU 9 RUE DES NOUV’AILES #7

20 mars 2016 § 0 commentaire § permalink

À la naissance des origines, il y eut Le Mouvement du Ciel…

C’est écrit sur la couverture de mon nouveau book que je vais faire voyager dans le labyrinthe des galeries et autres réseaux artistiques. Qu’il me soit permis ici, une fois n’est pas coutume, de faire un peu de réclame et de vanter les mérites de Photobox, le site qui a réalisé ce travail avec un excellent rendu de l’impression et des couleurs.
Mais il n’y aura pas de Traversée d’Arc-en-ciel sur le Parcours des Fées dans le village de Crévoux dans les Hautes Alpes, ni de “L’Horizon, un trait de saison” au pied de la Basilique de Lisieux, pas plus que de “Solution ADN” (anagrammes d’Ondulations) sur les étangs de Brocéliande. Ni d’Hommage à Démocratie à Morlaix et d’Œil de Soleil à Sporen, en Belgique… Ainsi va la vie des projets qui viennent abreuver les cartons à dessins mais continuent à nourrir les spirales de la création…

Comme “aujourd’hui”, “au fur et à mesure” est un pléonasme.

Deux nouvelles rubriques à visionner sur mon site: la vidéo de mon installation “LE TOUR DE L’ARC EN CIEL” réalisée en 2004 lors du Symposium Maître des Lieux enfin mise en musique par mon ami Jean Yves Segalen. www.dodelaunay.com/entre-fragile-et-mouvement/
Et comme vient le temps de remodeler mon CV et de rechercher ateliers ou cours d’arts plastiques pour petits ou grands, j’ai mis en ligne quelques images des productions de mes cours et autres interventions plastiques que vous pouvez voir à www.dodelaunay.com/entre-objet-et-peinture/travaux-decole/

Légende = ce qui doit être lu. Savez vous quelle est la principale inspiration de Daech? La réponse ne (Donald) Trompe pas: c’est Hollywood !

Quelqu’un connaît-il l’origine de cette étrange coutume qui veut qu’un homme qui fait sa demande en mariage doive se mettre à genoux devant l’épousée promise?

Il y a des marchands de caché au marché de Cachan.

Dans les films du mois le brillant mais un peu vain Ave Cesar des frères Coen, le trop long mais quand même époustouflant The Revenant, le glacis terrifiant des Innocentes, soeurs d’un couvent polonais violées par des soldats russes en 1945, tandis que l’oscarisé Spotlight retrace la chasse des prêtres pédophiles dans le Boston des années 2000. Mais pour couronner cette sélection, la douceur de Ce sentiment de l’été de Mikhaël Hers.
“Quand les hommes vivront d’amour…” chantaient Félix, Gilles et Robert!

J’ai commencé à écrire cette chronique en écoutant l’émission Lily Dale et la belle voix d’Arthur H
www.franceinter.fr/emission-carte-blanche-a-arthur-h-lily-dale » www.franceinter.fr/emission-carte-blanche-a-arthur-h-lily-dale

Bientôt Pâques. N’oubliez pas, la chasse aux œufs de poèmes est toujours ouverte et j’attends votre récolte.

Mais on peut dire aussi : À la naissance du Ciel, il y a l’origine du Mouvement.

do 9316

RUE DES NOUV'AILES_7-1

RUE DES NOUV'AILES_7-2

RUE DES NOUV'AILES_7-3

RUE DES NOUV'AILES_7-4

RUE DES NOUV'AILES_7-5

AU 9 RUE DES NOUV’AILES #6

9 février 2016 § 0 commentaire § permalink

Une nouvelle face pour mon book.

Pas d’adhésion à un certain réseau social (qui vient encore d’être rappelé à l’ordre par la CNIL. Vous êtes, lecteurs de ces Nouv’ailes, mon réseau social préféré), mais un remodelage de cette vitrine de mon travail.
J’ai passé une grande partie du mois de janvier à mettre en forme ce qui pourrait s’appeler livre plutôt que book. Cent vingt pages à imprimer via Internet. Comme un long poème graphique où j’ai tenté de tisser le fil des titres aux matières et couleurs des œuvres. Cent vingt pages pour ouvrir les fenêtres des expositions à venir. Alors je vous livre en pièces jointes quatre de ces images retraçant des réalisations d’avant la naissance du monde du Neuf, en octobre 2002.
Et toujours la cinquième image en noir & blanc qui accueille vos poèmes à partager. Cette semaine, un envoi de Didier Malherbe, fameux souffleur de sons et ici joyeux (at)trappeur de sonnet.

Au milieu de tous les appels à projets auxquels je réponds, j’essaie de rester à l’écoute des débats contradictoires, échanges plus ou moins polémiques qui animent notre démocratie vacillante et traversent de toutes parts cette époque mutante et troublée. Et parfois il m’arrive d’avoir pour seule opinion de n’en point avoir. Et comme, en vie comme en art, le plus simple c’est de faire simple, j’observe, en vigie lente de silence la complexité du monde qui s’en vient et s’en va.
Alors, sur des conseils amicaux, je suis allé voir le film Demain. Qui ne m’a pas véritablement rassuré mais néanmoins bien réchauffé. Et encouragé l’attention à Aujourd’hui.
Comme Woody Allen avait envie d’envahir la Pologne en écoutant du Wagner, il m’arrive d’avoir envie de relire la Fonction de l’orgasme de Wilhelm Reich en apprenant le nombre de femmes victimes de violences conjuguales. Et de me réjouir de la grâce présidentielle , mais trop partielle de Jacqueline Sauvage.

« Il n’y a que les femmes qui peuvent être des extraterrestres. Les hommes n’ont aucun sens des forces cosmiques qui les dépassent » (Jacques Rivette en 1976)
Et il m’arrive de ne plus pouvoir penser sereinement à ce qui se passe en Syrie. À ne pouvoir imaginer que le savon d’Alep va être remplacé par les bombes à (a)raser russes. De ne pas tout comprendre à la guerre entre chiites et sunnites et aux arcanes à plusieurs bandes de la gépolitique internationale. De trop comprendre le désarroi occidental qui a si longtemps vécu au dessus de ses moyens et continue grâce aux pillages des ressources d’un tiers-monde dont le nom a été inventé en 1952.
Et aussi de me souvenir que si le Père Noël est aujourd’hui habillé de rouge et blanc, c’est qu’il a été colonisé par une grande marque de boisson qui rassemble en son nom une drogue africaine et sud américaine.

”Ça urge” ça rime avec panurge!

Il y a quelques temps j’avais écrit dans ces pages “Avant, ce n’était pas mieux, c’était meilleur” phrase que j’avais lue à la devanture d’un magasin bio. Depuis quatre mois, je me suis inscrit à un service de livraison de panier de légumes et fruits bio (Le Campanier, pour bien le nommer) que je vais chercher chaque mardi dans un magasin d’art monastique de Saint-Denis qui s’appelle Au Cœur Joyeux, si si! Outre la conscience de cesser un peu d’avaler pesticides et autres perturbateurs endocriniens, ce qui m’a frappé est la sensation de retrouver un goût “vrai” des aliments. Pas une nostalgie d’enfance, mais un authentique retour à une saveur intense. Et entendu hier à la radio, les résultats d’une étude prouvant qu’il serait possible de nourrir la planète avec une agriculture entièrement bio. Mais pincez-moi, je rêve !

Faut-il cent voiliers en l’air quand on est heureux?
J’écris ces lignes en écoutant l’émission Affaires Sensibles sur France Inter concernant Areva et l’affaire Uramin, l’achat d’une mine d’uranium africaine qui a coûté plus de 2milliards d’euros et a plombé les comptes de l’opérateur nucléaire. Préparer vos chèquiers, il est question d’une augmentation de 30% minimum du prix de l’électricité dans les années à venir pour financer le coût du démantèlement des centrales et l’enfouissement des déchets…

Je m’étais promis de ne pas lire la suite de Millénium, la trilogie de Stieg Larsson. Et puis j’ai cédé à la tentation du rayon nouveauté de ma médiathèque. Et je n’aurais pas dû. Certes il y a un certain plaisir à retrouver Lisbeth Sdalander, Mickael Blomkvist, un enfant autiste qui jongle avec les nombres premiers, mais ca sent le réchauffé, le tirage de ficelles et la construction de l’histoire est quelque peu facile et bancale. Forget it !
Mais je me régale à la lecture du roman de Jérôme Ferrari “Le principe” sur la vie de Werner Heisenberg, ce physicien qui énonca que l’on ne peut mesurer à la fois la vitesse et la position d’une particule, connu en mécanique quantique sous le nom de Principe d’Incertitude d’Heisenberg. J’ai souvent aimé tracé des parallèles entre ce principe et son application aux tirages de Yi Jing que déchiffrent la particule consultante. Parfois l’oracle décrit la position, parfois il pointe plutôt la dynamique à l’œuvre.

Les mongols qui volent sont ils fiers ?
Ce mois-ci il fallait la lettre C pour me séduire au cinéma: Carol, Chocolat, Chorus.
Carol pour l’intensité sensuelle et subtile des deux actrices. Chocolat pour les acteurs Omar Sy et James Thierrée et le réalisateur Roschdy Zem. Chorus pour le beau noir&blanc québécois de cette histoire sensible d’un couple dévasté et séparé après le meurtre de son enfant par un pédophile dix ans auparavant.
Auquel vous pouvez, à l’autre bout du couple, ajouter 45 ans d’Andrew Haigh avec les superbes Charlotte Rampling et Tom Courtenay. Et quelques Délices de Tokyo de Naomi Kawase.
Un souvenir ému est remonté à l’annonce de l’en-aller de Michel Tournier. Lors de mon premier voyage en solo au Québec, peu de“chars” passent au long d’un après-midi d’auto stop au fin fond de la Gaspésie. Je lis Le Vent Paraclet, cette sorte d’autobiographie où il conte comment ce n’est pas lui qui écrit ses livres, mais ce sont ses livres qui s’écrivent à travers lui (je résume). Pour le peintre en devenir que je n’étais pas encore, ce fut une autenthique révélation sur les secrets de la création. Qui prolongeait à point nommé les ”Lettres à un Jeune Poète” de Rilke qu’une belle amie venait de m’offrir au seuil de mon voyage.

Un singe monte dans un autobus. “Attention aux pickpockets” crie-t-il. Et chaque passager de vérifier de la main la présence de son portefeuille. En un clin d’œil le singe sait où sont tous les objets de sa convoitise.
Bonne année du Singe sous le Signe du Feu qui brûle le pessimisme de l’intelligence et éclaire l’optimisme de la volonté.
do 9216
RUE DES NOUV'AILES≠6-1RUE DES NOUV'AILES≠6-2RUE DES NOUV'AILES≠6-3RUE DES NOUV'AILES≠6-4RUE DES NOUV'AILES≠6-5

AU 9 RUE DES NOUV’AILES #5

10 janvier 2016 § 0 commentaire § permalink

Comme en terre.
Comment taire … l’envie de silence face au tumulte et au vacarme du monde et de sa complexité?
En continuant à écrire et à dessiner pour faire remonter l’encre sur les pentes de la joie de vivre…. Peu de temps après les assassinats de Charlie, une amie m’avait demandé de faire un dessin à propos de ces attentats. Sur le coup, j’en fus bien incapable. Et puis, après être allé voir l’Humour à mort, le documentaire de Daniel Leconte et continué à regarder pas loin de mon écran l’autocollant “Je suis Charlie”, est venue dans les pas silencieux de mon crayon cette image que je vous livre avec ces Nouv’ailes. Et j’y ajoute une autre, plus personnelle, liée à la rencontre avec Tignous au Festival du Vent à Calvi en 1997.

Il y a tellement d’urgence dans l’air et dans le climat de l’ère qu’il est urgent de n’en plus parler, mais de faire… Mais comment pourra-t-on réparer les siècles d’humiliation que nous avons commis… “Nous refusons de voir que par notre hauteur, notre suffisance, notre morgue, notre avidité, notre cupidité, notre manière de lâcher les bombes puis de partir tranquillement au cinéma, nous avons nous-mêmes engendré ces monstres. Mais il ne faut pas être candide : ce n’est pas pour les civiliser que nous les tuerons, c’est parce qu’il nous font peur. Ce n’est pas avec nos belles valeurs que nous les tuerons, c’est avec nos armes. Et pour ce faire, il faut embrasser au moins provisoirement les mêmes valeurs “primitives” qu’eux: celles de la survie de soi et de la haine pour l’autre” (Nancy Houston , dans le journal Le Un du 6 janvier 2016).

Je me souviens du 9 janvier 2015. Au moment de l’assaut de l’Hyper Casher, je faisis quelques courses dans la supérette de mon quartier. Quatre jeunes gens, barbus et djellabah, faisaient quelques courses et riaient haut et fort. Je me souviens des regards quelque peu gênés des autres clients dont une bonne part de religion musulmane… Un silence se creusa sur le tapis roulant de la caissière.

Comment sculpter des nuages d’encens dansants?

Je me souviens du premier Noël qui m’offrit mon premier train même pas électrique, resplendissant sur la couverture rose fuschia du paquet cadeau. Je fus, sans oser le dire, tout déçu en soulevant le couvercle qui révéla quelques rails métalliques et une locomotive en plastique qui n’avaient pas grand chose à voir avec l’image sur l’emballage. Ce fut là sans doute mon premier vaccin anti pub…

Comment s’appelle la femelle du hamster?

Vu avec intérêt l’exposition “Une Brève Histoire de l’Avenir” au Louvre d’après le livre de Jacques Attali… Ou comment l’homme a toujours cherché à deviner de quoi sera fait le temps demain. Avez-vous remarqué qu’on ne vérifie jamais la justesse des prévisions météo d’hier et d’avant hier. Comme si on avait davantage besoin de l’existence de ce moderne oracle plutôt que de son exactitude.
Dans les pièces de toutes époques exposées, figuraient trois fragments de bronze de Rodin retrouvés dans les décombres du World Trade Center, qui abritait la collection Cantor, plus important groupe nord américain d’œuvres du sculpteur. Ces fragments appartenaient aux Ombres, groupe sculpté qui domine La Porte de l’Enfer. Ce groupe symbolise le désespoir qui étreint les Damnés et incarne la célèbre phrase du poète Dante “Vous qui entrez, laissez toute espérance”.
Alors je suis allé au Musée du Quai Branly voir les expositons “Sépik, arts de Papouasie-Nouvelle Guinée” et “Esthétique de l’Amour” qui présente les beaux objets de ceux qui vivent sur les bords de ce fleuve d’Asie Extrème Orientale.

La femelle du hamster s’appelle … Amsterdam.

Je me souviens qu’au sommet des films du mois, j’ai vu le bien nommé “Au delà des Montagnes” de Jia Zhang-Ke, dont j’avais déjà adoré l’an passé “A Touch of Sin”. Et qui m’a donné envie de relire “Le Dit de Tian Yi” de François Cheng.
J’ai vu et aimé aussi Back Home, Le Grand Jeu et La vie très privée de Monsieur Sim. Et le soir du réveilon de Noël, le très beau noir et blanc de “L’Étreinte du Serpent”, film colombien de Ciro Guerra, une histoire de deux explorations de l’Amazone qui se répondent à 40 ans d’intervalle, au début et au mitan du XXème siècle.

“Il faut pacifier” dit l’explorateur.”Il ne faut pas s’y fier” répond l’indien.

Je me souviens, c’était un lundi matin, je prenais le train en gare de Brétigny-sur-Orge et j’appris à la Une d’un journal qu’il venait d’être assassiné par un extrèmiste juif. . Et avec lui les accords d’Oslo. Alors je suis allé voir “Le Dernier Jour d’Yitzhak Rabin”, le film d’Amos Gitai et ai été effaré en voyant comment déjà, à l’époque le cynique Netanyahou attisait la haine dont on voit les résultats vingt ans plus tard.

Dans les lectures du passage du solstice, quelques nouvelle de Raymon Carver et de Russel Banks, mais surtout les retrouvailles avec Harry Hole dans “Police” de Jo Nesbø. Cela me valut un beau moment de complicité et de partage dans un wagon du métro parisien et quelques nuits heureusement longues à “page-turner” cette belle mécanique de précision policière et littéraire.

Continuez moi l’envoi de poèmes, ils sauront comment dire l’écho de ce comment taire…

Pour faire revenir à la première personne du singulier le présent indicatif du verbe ouïr.

do 9116

RUE DES NOUV'AILES≠5-1

RUE DES NOUV'AILES≠5-2

RUE DES NOUV'AILES≠5-3

RUE DES NOUV'AILES≠5-4

RUE DES NOUV'AILES≠5-5

AU 9 RUE DES NOUV’AILES #4

8 décembre 2015 § 0 commentaire § permalink

Désorienté.

Pourquoi la langue française ne connaît pas le mot « désoccidenté » pour dire le désarroi de l’époque ? Parce que c’est à l’Est que se lève le soleil ? Au moment où j’écris ces lignes, un acteur cite à la radio une phrase de Samuel Beckett « Les mots sont des trous dans le silence ». Que dire de plus quand l’écho des explosions près du Stade de France à deux pas de mon atelier résonne encore à mes oreilles… Dévasté. Démonté. Dépité. Déprimé. Démuni. Mais Déterminé. Je n’ai rien changé à mes habitudes, je continue à sortir pour rester vivant, pour rester debout. Mais je me suis assis à chaudes larmes lorsque avant l’énumération des noms et âges des victimes pendant la cérémonie des Invalides, Yaël Naïm, Camilla Jordana et Nolwenn Leroy ont chanté « Quand on a que l’amour » et Nathalie Dessay « Perlimpinpin » de Barbara « pour retrouver le goût de vivre / le goût de l’eau, le goût du pain / et celui du Perlimpinpin / dans le square des Batignolles ».

Alors continuer à peindre, à créer pour résister, pour dire la vie. Et penser aussi aux victimes à Beyrouth, Ankara, Bamako, Londres ou San Bernardino… Bannir de ses neurones tout ce qui fait de l’étranger un bouc émissaire et ressasser comme un mantra trop vite oublié cette phrase de Romain Gary : « le patriotisme c’est l’amour des siens, le nationalisme c’est la haine des autres »

Pas d’autres commentaires entre les deux tours des élections régionales que cette anagramme attrapé au détour d’une conversation radiophonique : MARINE LE PEN = AMENE LE PIRE.

« La vraie provocation aujourd’hui c’est de faire ressortir la douceur, la poésie qui est en nous, face à la violence et la vitesse du monde. » Bartabas, parlant de son cheval Le Caravage, merveilleusement filmé par Alain Cavalier dont je vous ai déjà dit grand bien dans la précédente Nouv’Aile.

Sur les 150 chefs d’état qui étaient à l’ouverture de la COP 21, une dizaine de femmes seulement… Comme disait Boris Vian « y’a quelqu’ chose qui cloche là d’dans… » ! Pendant ce temps-là, l’alerte rouge à la pollution est déclenchée à Pékin. « Alerte rouge à Pékin ! », le petit livre du président Mao doit se retourner dans son mausolée.

Doit-on dire « des si beaux décibels » ou « des si belles décibels » ?

Dans le cadre du prix de l’appel à projet lancé par l’ANDRA pour « imaginer la mémoire des sites de stockage de déchets radioactifs pour les générations futures », j’ai visité fin novembre, avec la dizaine d’artistes nommés, le laboratoire souterrain à Bure dans la Meuse. Huit minutes d’ascenseur pour descendre à 500 m sous terre au cœur de la couche d’argile qui devrait, si le projet est voté en 2017, accueillir en 2030 et pour quelques siècles les premiers déchets hautement radioactifs. Sous forme de containers d’inox noyés dans des blocs de béton. En remontant de ces galeries d’études, véritable royaume de la techno-science, une impression mitigée et contradictoire domine : les déchets sont une réalité et c’est plutôt réconfortant que leur enfouissement soit géré par un organisme indépendant des producteurs de déchets. Mais effrayant de penser que ce projet est à horizon 300 ans et que ce n’est vraiment pas un cadeau que nous laissons aux générations à venir.

Pourquoi empire, ça rime avec vampire ?

Carpe diem (quam minimum credula postero) : Cueille le jour présent (sans te soucier du lendemain). Cette sentence qu’il est parfois difficile de mettre en acte en cette période vient d’un vers du poète romain dans ses Odes à Leuconoé écrites en 22 avant JC.

Le pluriel de coucou, c’est couscous ?

Au cinéma ce mois-ci vous pouviez choisir entre Les Suffragettes, Les Anarchistes ou Les Cow-boys, de Thomas Bidegain. Avec, en écho avec l’actualité, une nette préférence pour ce dernier qui conte sur une vingtaine d’années les dégâts que provoque le départ d’une adolescente vers les rivages délétères de l’islamisme.

À voir aussi La peau de Bax, thriller hollandais décalé et jouissif d’Alex van Warmerdam, 21 nuits avec Pattie des Frères Larrieu et le magistral Mia Madre de Nanni Moretti. Et si vous aimez les OFNI, objet filmique non identifié, allez voir « Maesta, la passion du Christ » d’Andy Guérif, plan fixe d’1h10, tourné en 7 ans et inspiré par une peinture religieuse du début du XIVe siècle de Duccio di Buoninsegna. Dans les cases de l’écran qui deviennent les bulles d’une BD animée, les acteurs font vivre les derniers jours du Christ en passant de l’une à l’autre.

J’aime faire de ce billet mensuel un moment d’humour, de poésie, d’art, un modeste espace de vie et de partage. Un lien ténu dans la continuité du temps, le vol périodique d’un oiseau de passage, un neuf tendu vers un nouveau à sans cesse (ré)inventer. Puis-je vous avouer ce soir que mon optimisme naturel a pris un coup dans les (nouv)ailes. Et pourtant il le faut : continuer à voler en restant debout, semer des graines d’orient dans l’horizon du monde et garder serrer les poings cardinaux.

Prenez soin de vous et dîtes « je t’aime » à qui vous aimez.

do 91215 RUE DES NOUV'AILES≠4-1

RUE DES NOUV'AILES≠4-2

RUE DES NOUV'AILES≠4-3

RUE DES NOUV'AILES≠4-4

RUE DES NOUV'AILES≠4-5

AU 9 RUE DES NOUV’AILES #3

9 novembre 2015 § 0 commentaire § permalink

Shaku hachi.
C’est sur les notes graves et sensuelles de cette flûte japonaise et d’une clarinette basse, que s’est terminée le 18 octobre dernier mon exposition « À la Vitesse de la Peinture ». Merci à l’ami Jean-Yves qui a si bien marié ses notes improvisées aux couleurs et aux matières dans cet instant de finissage avec les amis partageurs de regards. En bilan de ces dix jours d’exposition, environ deux cent cinquante visiteurs, six gravures et un tableau vendu. « Le Mouvement du Ciel ». Dont vous avez vu un détail dans la photo n°1 des précédentes Nouv’ailes. Et, ce qui n’a pas de prix, la lumière des sourires et l’étincelle d’énergie dans les reflets des pupilles.
Le prix est venu deux jours plus tard avec l’annonce de ma nomination pour l’appel à projet lancé par l’ANDRA pour « imaginer la mémoire des sites de stockage de déchets radioactifs pour les générations futures » (voir photo jointe n°4). Suivie quelques jours plus tard par le retour de Paul Employ qui après m’avoir annoncé la fin de mes droits, m’a attribué un bonus d’Allocation de Retour à l’Emploi ! Les voies de ce pôle sont décidément bien mystérieuses. Cette petite manne imprévue apaise quelque peu l’horizon financier à court terme et va me permettre de continuer mes recherches de jobs et d’expos… Et aussi poursuivre la saison des réponses à appel à projets qui vient de redémarrer… Un bol d’air funambule sur le fil du rasoir…

Une grande chaîne de librairies britanniques vient de retire de ses rayons les liseuses Kindle pour les remplacer par des… livres ! Va-t-on assister au retour de la sensualité du papier face à la froideur digitale ?

Pour ma part, je maintiens mon appel à courts poèmes pour illustrer la cinquième image de ces Nouv’ailes. Que vous avez écrit ou lu, hier ou aujourd’hui. Allez, faites sonner vos sonnets, venez voir un vers avec moi…

Je me suis perdu dans les pages du dernier Modiano, « Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier ». Ses méandres du passé m’ont laissé sans fin sur ma faim.
Alors je suis parti au siège napoléonien de la belle Cadix, en 1810 sous la plume précise d’Arturo Perez-Reverte pour une chronique détaillée où se mêlent trajectoires balistiques d’artillerie et enquêtes policières sur meurtres de jeunes femmes. C’est « Cadix ou la Diagonale du Fou ».

Dans le cinéma du mois, il y a deux femmes : Fatima de Philippe Faucon que l’on pourrait aussi nommer Notre Petite Sœur de Hirokazu Kore-Eda. Deux bijoux de merveilles de films…
Et pendant que s’immiscent sur les écrans ces belles sensibilités féminines, Tom Hanks se retrouve Seul sur Mars pour une virile et spectaculaire épopée qui, ouf, ouf, le ramène sain et sauf sur Terre. En écoutant une critique de ce film, j’ai appris que sur Mars le ciel est orange et le coucher de soleil bleu. Ça doit être pour cela qu’on l’appelle la planète rouge !
La Glace et le Ciel est un bel hommage de Luc Jacquet, réalisateur de la Marche de l’Empereur, à Claude Lorius, glaciologue français qui a effectué de nombreuses expéditions en Antarctique. Il eut une intuition géniale lors d’une d’entre elles: glissant un morceau de glace dans son whisky vespéral, il se rendit compte que les bulles contenues dans le morceau de glaçon tiré d’un carottage de la glace polaire étaient faites d’un air appartenant… au passé. Et c’est en exploitant les nombreux carottages faits par les Russes qu’il pût mesurer les taux de dioxyde de carbone et devint ainsi un des premiers lanceurs d’alerte du réchauffement climatique. On pourrait dire que la COP 21 est née dans un verre d’alcool au fond de l’Antarctique.
Le Bouton de Nacre est un film chilien de Patrick Guzman qui fait suite au somptueux Nostalgie de la Lumière. Hanté par le regard d’une disparue dont le cadavre fut rejeté sur la côte patagonienne, ce film fouille le passé de la dictature de Pinochet et étend cette réflexion poétique et politique aux massacres des populations locales. La reconstitution de visu, à l’aide d’un mannequin, de la préparation des corps ficelés à un morceau de rail avant d’être jetés d’un hélicoptère glace le sang de la mémoire.
Qui se retourne dans la tombe de Pablo Neruda dont on attend la confirmation par analyses médicales qu’il aurait bien été assassiné par les sbires du sinistre dictateur.
Pour me réconforter, je suis allé ce matin voir Le Caravage, pas le peintre mais le cheval de Bartabas filmé par Alain Cavalier. Un régal ! L’animal devait lui aussi être très heureux de ce film qu’il clôt en venant… lécher l’objectif de la caméra… provoquant le rire de Cavalier !

C’est Novembre : gardez bien planté votre piolet au sommet de la Montagne du Papillon. Comme une épingle d’argent dans le liège des feuilles de l’automne.

do 91115
RUE DES NOUV'AILES≠3-1

RUE DES NOUV'AILES≠3-2

RUE DES NOUV'AILES≠3-3

RUE DES NOUV'AILES≠3-4

RUE DES NOUV'AILES≠3-5

AU 9 RUE DES NOUV’AILES #2

24 octobre 2015 § 0 commentaire § permalink

Tranquillement, à la Vitesse de la Peinture, je sors tout juste du vernissage.
Près d’une cinquantaine de personnes sont venues partager le punch et la claire transparence de la Galerie du Génie, au carrefour bien vivant de ce quartier du 11ème arrondissement parisien. J’ai beaucoup de plaisir à regarder le regard des visiteurs et écouter les messages que la peinture leur envoie. Pas de points rouges à l’horizon pour l’instant, mais l’envie joyeuse de passer les après-midi à venir dans les paysages et les silences de mon univers pictural. L’exposition est ouverte du mercredi au dimanche de 14h30 à 19h30, jusqu’au dimanche 18 octobre. Ce soir je ne joindrai pas d’images d’ensemble de cette exposition, tellement je mesure le fossé entre la présence devant la peinture et sa reproduction dans les miroirs électroniques. Juste quatre détails comme autant de petits cailloux mystérieux posés sur le chemin qui vous mènera au coin de la rue de Charonne et Léon Frot. Welcome ! Je vous y attends de pied doux…

« Pour voir il ne faut rien savoir. Il faut juste savoir voir » citation d’un peintre expressionniste allemand captée au vol d’une émission de radio

Merci aussi à celles et ceux qui m’ont envoyé un court poème suite à mon appel à recevoir de la poésie lancé dans le #1. Je réitère cet appel à vers, strophes ou autres alexandrins avec l’idée « saugrenue, forcément saugrenue » de vous envoyer à la fin de la saison, en juin prochain, cette compilation aléatoire des poèmes du Neuf. Ce mois-ci, un sonnet de Garcia Lorca envoyé par Janie R.

Savez-vous où a été inventé le triathlon ? C’est en banlieue : Tu vas à la piscine en vélo et tu reviens à pied.

Dans les lectures du mois, Le Nouvel Amour de Philippe Forrest dont j’avais adoré Le Chat de Schrödinger qui poursuit avec une formidable acuité l’exploration de ses émotions suite à la disparition de sa fille et à la résurgence du sentiment amoureux et de ses aléas.
Le poids du papillon. Dense petit livre d’Erri de Luca, vous savez, cet écrivain italien qui risque 5 ans de prison pour avoir appelé au « sabotage » de la ligne TGV Lyon Turin. Bien plus qu’un face à face entre un chasseur et un vieux chamois…
À ne pas lire dans le métro « Suite à un accident grave de voyageur », court et brillant essai d’Éric Fottorino sur les suicides dans les transports en commun. À ne pas lire non plus en vélo.
Et aussi Les Nuits de Reykjavik d’Arnaldur Indridasson, où l’on retrouve l’inspecteur Erlendur à ses débuts.
Sans oublier, vrai régal, le dernier Vargas, Temps Glaciaires. Miam….
Je venais de commencer à lire « Daisy Sisters », premier roman d’Henning Mankel publié en Suède en 1982 et récemment traduit en français quand est lourdement tombée la nouvelle de sa mort en ce lundi 5 octobre suite à une longue maladie nommée cancer. Il faut lire et relire ce grand humaniste, pour ses polars bien sûr, qui sont bien plus que des policiers mais aussi ses romans et ses ouvrages pour la jeunesse que ce gendre de Bergman avait tissés au fil de sa vie partagée entre Suède et Mozambique. Salut l’ami et grand merci !
Je n’ai pas eu le temps de me remettre de cette bad news que tombait tout aussi sombre celle de la disparition de Chantal Ackerman. Alors j’ai, comme Aurore Clément dans les Rendez vous d’Anna en 1978, fredonné tout bas : »Moi j’essuie les verres au fond du café… »

Les femmes raisonnables vont au paradis, les autres vont où elles veulent.

Et je me suis souvenu que ce mois-ci j’ai vu avec grand plaisir Dheepan, Youth, Les chansons que mes frères m’ont apprises, Marguerite, Much Loved. Et revu le génial Tampopo, chef d’œuvre japonais érotico-culinaire sorti en 1987. Et aussi L’odeur de la Mandarine. Et que c’est bon en ces temps plus que troubles d’avoir cette autre fenêtre sur l’actualité du monde.

« Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit ». Mais savez-vous où est l’œil de la nuit?

Les prochaines élections régionales vont avoir lieu en même temps que le grand raout de la COP 21. Que pourra-t-on dire de cette collision spatio-temporelle entre la vie des (nouvelles) régions et le destin de la planète ?
Et je repense à cette Hypothèse Gaïa énoncée à la fin du siècle dernier par l’écologue anglais James Lovelock qui, je résume, voyait l’ensemble des êtres vivants sur la Terre comme formant un super organisme doué d’une intelligence propre. Et il m’arrive parfois d’avoir envie de hurler en pensant aux milliards que la science dépense pour découvrir que « tout » est relié. Ah si les colons de race blanche n’avaient pas massacré tous les amérindiens et autres « sauvages »…

« J’aime la photographie parce que ça ne ressemble pas à ce que je vois » a dit Jean Michel Ribes en parlant de son autobiographie qu’il vient de publier sous le titre Mille et un morceaux.

Dans une année-lumière, il y a 9 454 254 955 488 000 kilomètres. Pensez-y en regardant les feux des feuilles de l’automne qui tombent des étoiles suspendues aux branches des arbres.

do 91015
RUE DES NOUV'AILES≠2-1

RUE DES NOUV'AILES≠2-2

RUE DES NOUV'AILES≠2-3

RUE DES NOUV'AILES≠2-4

RUE DES NOUV'AILES≠2-5